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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/481

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La philosophie du dix-neuvième siècle sera encyclopédique comme toutes les grandes philosophies ; mais, dans les premières phases de son développement, elle sera surtout une législation, une science sociale.

La législation aura pour corollaire l’économie politique qui se renouvelle de son côté ; l’école d’Adam Smith et de Say a porté tous ses fruits ; l’égoïsme de Malthus ne sera pas fécond ; les droits et les besoins tendent à se rapprocher : là comme ailleurs la solution sera dans l’unité. L’économie politique est à la législation ce que le corps est à l’esprit humain.

C’est donc, monsieur, le caractère original de la démocratie française, de s’appuyer sur l’intelligence ; elle n’est pas marchande, elle est agricole, industrielle, guerrière ; elle songe à ses intérêts, mais elle a besoin d’un peu de gloire, pour relever son travail et pour assaisonner le pain qu’elle gagne ; elle a l’imagination vive et l’ame grande.

La démocratie française n’est pas la démagogie, elle est peuple, et non pas populace ; comme elle se recrute et se soutient par le travail, elle n’estime pas plus l’oisiveté sous les haillons que dans les cours : elle tend à s’élever et non pas à descendre.

La démocratie française n’est pas uniquement la bourgeoisie : la révolution communale du XIIe siècle constitua les bourgeois ; la révolution générale de 1789 a constitué le peuple. La bourgeoisie, cet état intermédiaire entre le gentilhomme et l’ouvrier, ne forme plus en France, depuis quarante ans, une classe isolée : elle s’est confondue à la fois avec l’aristocratie et les prolétaires ; cette fusion est excellente ; elle est la véritable route qui nous mènera à l’unité morale de la nation française.

La démocratie française n’est pas dans l’exécrable nécessité d’exterminer ce qui reste d’aristocratie. On peut s’entendre entre gentilhomme et plébéien ; il faut transformer la noblesse et non pas l’étouffer. Je ne désespère pas de voir la minorité aristocratique reconnaître un jour la majesté du peuple, parce que je crois à la puissance du la vérité.

Il faut y croire, monsieur, tout est là, et je veux aujourd’hui vous parler d’un homme dont toute la force consiste dans sa foi: M. de Lafayette. Si la France ne le comptait pas parmi ses citoyens.