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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/48

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peuple qui fut blessé de l’octroi de la charte ne le sera-t-il pas aussi de l’octroi de l’acte additionnel aux constitutions de l’empire ? Une première parole violée ne jettera-t-elle pas le pays dans la défiance ? Il faudra vaincre d’abord, et quand on aura vaincu, il faudra gouverner ; gouverner pendant la paix, gouverner le petit empire, non plus le grand qui étendait ses bras de la Hollande à la pointe d’Italie pour lever les contributions dont s’enrichissait le trésor impérial ! La parole libre reprendra sa puissance, la presse aidera la tribune, la chambre des représentans oubliera les traditions du corps législatif pour remonter jusqu’à celles de l’assemblée nationale, la chambre des pairs aura honte des souvenirs du sénat ; il faudra enfin être empereur constitutionnel !..... Qui pourra dire qu’en ce moment, lorsque tant de pensées désolantes l’assiégeaient, l’obsédaient, pâlissaient son front, contractaient ses lèvres et donnaient à ses yeux une effrayante immobilité. Napoléon n’ait pas jeté un souvenir de regret à son île d’Elbe ! Oh ! sans doute il la regretta ; mais ce coup d’œil en arrière fut rapide ; c’est en avant qu’il avait besoin de regarder. En avant !... Il ne voit peut-être que trop bien l’événement futur ! Aussi, comme il voudrait toucher à la fin de cette cérémonie qu’il juge bien au fond du cœur, misérable parodie des vieilles assemblées du peuple ! Hâtez-vous donc, hérauts d’armes à la dalmatique semée d’abeilles d’or, à la voix retentissante, hâtez-vous donc de proclamer au nom de l’empereur que l’acte additionnel est accepté par le peuple français ! Grand chambellan, prince archi-chanceher, prince Joseph Napoléon, hâtez-vous ; hâtez-vous, messeigneurs, d’apporter la table, et de présenter la plume à l’empereur qui doit signer l’acte de promulgation de la constitution ! Et le serment ! Allons, vite, M. de Bourges, monsieur le premier aumônier, à genoux devant Sa Majesté ; présentez-lui le livre des Evangiles. — Il jure.

; Répétez, monsieur l’archi-chancelier, et que nous jurions tous ! 

Au Te deum maintenant. Louez Dieu, remerciez Dieu ; mais ayez pitié de l’empereur ! Ne voyez-vous pas que son sang bout, qu’il veut partir ? Son œil vous demande un cheval ! Amenez-lui son cheval de bataille ! Comme le Richard de Shakespeare, il donnerait son royaume pour un cheval ! Otez lui son manteau