Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/471

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


<poem> Mieux vaut encore être trahi que traître. Mais par le corps de sainte Marie que j’honore et prie, Si vous n’êtes sage et preux, il n’y a autre chose à dire Sinon que de noblesse et de valeur tout est perdu, graine et fleur. Le comte de Montfort est homme de grande prouesse, De cœur, de hardiesse et de bon conseil. Il fait ici dehors des engins de guerre une chatte pour nous effrayer, Ce sont engins qui ne pourraient se mouvoir que par enchantement, C’est œuvre d’araignée, c’est richesse perdue. Mais son bélier a tant de puissance et de vigueur, Qu’il tranche, brise et enfonce toute la porte ; Il faut mettre là notre plus grande force, Il faut y porter nos meilleurs guerriers, Les plus hardis, les plus expérimentés, les plus vaillans. » — « Dragonet, dit le comte, il sera fait au mieux : Cet honneur sera pour Guiraudet et Adhémar, C’est lui qui gardera la porte avec ses hommes, Et vous serez avec lui, vous, Raymond de Montalban, Nicot de Vagor, Datil et Astor ; Vous y serez nuit et jour avec les chevaliers exilés, Qui sont vaillans en armes, bons hommes de guerre. Et moi-même je serai là pour vous secourir au besoin, Pour partager le danger. Et voir quels seront les traîtres. »

— « Francs chevaliers, seigneurs, dit Richard de Caron, Si le comte de Montfort a l’orgueil et l’audace De se présenter à la porte, défendons-nous si bien, Et qu’il y coule tant de sueur et tant de sang, Avec mélange de cervelles, que tout ce qui en échappera ait à pleurer. — « Seigneur, dit Pierre Raymond de Rabastenes, C’est faveur que nous fait le comte de Montfort d’être venu ici, De ne point être allé ailleurs ; Car il perdra ici étoile, raison et pouvoir. Nous sommes ici en joie, en grande aise, En repos à l’ombre et au frais ; Le vin de Genestet nous arrive pour nous tremper les esprits. Nous buvons en savourant, et mangeons avec plaisir. Et eux sont là dehors comme des misérables Qui n’ont ni bien ni repos, qui pâtissent et languissent, Qui ont à supporter la fatigue, la poussière et la chaleur, Et sont obligés de faire jour et nuit une guerre