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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/465

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<poem> « Seigneurs, dit-il, si j’avais prévu qu’il serait parlé de notre cruauté, Qu’il en serait fait si grand bruit à la cour de Rome (De ces pèlerins que l’on vous dit), Il y en aurait encore plus aujourd’hui sans nez, sans yeux (et sans oreilles). »

Pardieu ! se disent l’un à l’autre les auditeurs, voilà un fou audacieux. « Seigneurs, (reprend) le comte (de Foix), l’évidence de mon droit, Ma loyauté et ma bonne intention me justifient pleinement ; Et si je suis jugé avec équité, j’ai gagné ma cause. Je l’assure de nouveau, je n’ai point aimé les hérétiques, ni les novices ni les parfaits. Je me suis, tout au contraire, offert et donné Sincèrement et de plein gré à Boblonne (à ce saint monastère), Où sont ensevelis tous ceux de ma race, pour y être enseveli avec eux. Sur le fait de la roche de Montségur mon innocence est claire, Puisque je n’eus jamais droit ni pouvoir sur cette roche. Quant à ma sœur, si elle fut mauvaise femme et pécheresse, Je ne dois point périr à cause de son péché. Si elle habita sur ma terre, c’était son droit, Car le comte, mon père, avant de mourir, voulut Que si quelqu’un de ses enfans se déplaisait en pays étranger. Il revînt dans la terre natale, Y fût bien accueilli, et y eût son nécessaire. (Parle-t-on de ceux que j’ai maltraités ? ) Je jure par le Seigneur qui fut mis en croix, Que jamais bon pèlerin, ni vrai romieu, Cheminant en paix par les saintes voies, Ne fut par moi vexé, dépouillé ni occis, Ni arrêté en chemin par mes hommes de guerre. Mais les voleurs, les faux traîtres sans honneur, Portant cette croix qui a causé ma perte, Il est vrai que ni moi ni les miens n’en avons atteint Aucun qu’il n’ait (aussitôt) perdu les yeux ou les pieds, la main ou les doigts. Il me plaît de ceux que j’ai tués ou tailladés ; Il me déplaît de ceux qui ont fui et m’ont échappé. Et cet évêque qui m’accuse si fort, Je vous dis, moi, que nous avons été trahis en lui, Dieu et nous ; Car le voilà, grâce à ses chansons mensongères, à ses vers doucereux, A ses propos subtils, polis et repolis. Grâce à nos présens avec lesquels il se fit jongleur. Et à son pernicieux savoir, le voilà en telle puissance monté.