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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/447

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union. Il est convenu qu’elle aura lieu à la cour du roi Arthur, qui, après de si glorieux hommages reçus de Geoffroi, s’intéresse naturellement à son bonheur. Je vous fais grâce de quelques aventures merveilleuses qui viennent encore à la traverse de ce bonheur, et des fêtes brillantes au milieu desquelles se fait le mariage de nos deux amans à la cour de Cardeuil.

Comme tous les romans de la classe de la Table ronde, celui de Geoffroi est en vers de huit syllabes rimes par paires. Le style en est généralement élégant, et d’une aisance, d’une légèreté extraordinaires. Ce vers de huit syllabes a dans ce poème, comme dans beaucoup d’autres de la même époque, une allure précipitée, une impulsion qui entraîne, pour ainsi dire, les idées et les images du poète, et tend toujours à leur faire une sorte de violence, à les exténuer, à les amollir par une expression trop abondante et trop facile. Aussi cette facilité dégénère-t-elle parfois en platitude ou en redondance. Avec ce petit vers qui se présente en quelque sorte tout fait, tout prêt à s’échapper avant d’avoir reçu l’empreinte de l’art, il est presque impossible au poète de prendre un ton un peu grave et soutenu, et, comme j’ai eu plusieurs fois l’occasion de le noter, l’adoption de ce mètre marque un commencement de décadence dans le sentiment de l’épopée et du style qui lui convient.

Un autre point qui caractérise le roman de Geoffroi, c’est la surabondance des détails lyriques. L’auteur s’est complu au tableau des amours de Brunissende et de son héros, mais il ne met point ces amours en action ; presque tout se réduit à de longs monologues dans lesquels chacun des deux amans se contemple complaisamment, minutieusement, se regarde, pour ainsi dire, souffrir, comme cherchant des motifs de s’attendrir sur lui-même. Ces monologues ne sont guère qu’un centon élégant, ingénieux et délicat de tout ce que les troubadours avaient déjà chanté pour leur propre compte. L’invasion de ces chants lyriques dans l’épopée était un autre symptôme de la décadence commencée de celle-ci.

J’arrive à une observation plus spéciale et plus importante sur ce roman de Geoffroi : vous aurez aisément observé, d’après le résumé que je vous en ai fait, la prétention, on pourrait même