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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/444

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se démener comme des possédés, et leur adresse de violens reproches sur leur folle et perfide conduite.

A ces reproches, les forcenés se calment, Auger lui fait des excuses, l’engage de la manière la plus pressante à le rejoindre, et lui donne sa foi de chevalier de répondre désormais pleinement à toute question qu’il voudra lui faire. Cette dernière parole, plus que toute autre, attire Geoffroi ; il revient à Auger, mais non sans lui avoir fait auparavant répéter sa promesse.

La confiance ainsi rétablie, la conversation recommence : Geoffroi conte alors l’histoire de Taulat, et l’engagement qu’il a pris de venger sur ce féroce chevalier l’affront fait au roi Arthur, et demande les renseignemens nécessaires pour l’achèvement de son entreprise.

A travers toutes les questions qu’il fait sur ce sujet, il jette de nouveau cette autre question malencontreuse qui lui a jusqu’ici attiré tant de désagrémens.

A tout cela, Auger ne répond pas d’une manière directe, mais il indique à Geoffroi la personne qui doit y répondre ; c’est une vieille femme qui demeure dans un château éloigné, et que Geoffroi trouvera aisément, grâce aux renseignemens et aux avis qui lui sont donnés à ce sujet.

Charmé de l’espoir qu’il a de savoir où rencontrer enfin son ennemi, Geoffroi dit adieu à ses hôtes, qui, connaissant bien la force de Taulat, ne sont pas sans inquiétude sur l’issue de son entreprise.

Cependant Geoffroi, attentif aux indices qu’il a reçus, chevauche jusqu’au soir à travers un pays sans culture, sans habitans, sans maisons ; il fait halte dans une prairie, et arrive le matin à une vaste plaine au pied d’une grande montagne escarpée. Au sommet de la montagne est un vaste et superbe château : la plaine est couverte de tentes et de cabanes de feuillée, et d’une tente à l’autre, il voit aller, venir, fourmiller des chevaliers. Il traverse le camp sans s’arrêter, et sans mot dire, selon la consigne qu’il avait reçue, arrive au château, descend de cheval, quitte son écu et sa lance ; et voyant une petite porte sur laquelle sont peintes des fleurs de toutes couleurs, il entre par-là dans une grande salle, au milieu