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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/438

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plus mal encore ; car Geoffroi, furieux d’être sans cesse troublé dans son sommeil, et se figurant que c’est toujours par le même chevalier, veut mettre cette fois l’importun hors d’état de recommencer et le renvoie grièvement blessé.

Pour le coup, Brunissende, qui se croit insultée et bravée, ne contient plus sa colère. Elle envoie, contre Geoffroi, une multitude de chevaliers qui l’entourent, le garottent et l’amènent devant leur maîtresse. Tous les détails de cette scène nocturne du jardin sont pleins de grâce, de naturel et de vivacité.

Le pauvre Geoffroi, déposé, ou pour mieux dire jeté de tout son long et tout armé aux pieds de la belle dame de Monbrun, se lève sur ses pieds. Il était beau de taille ; son haubert était magnifique, son heaume bien poli et reluisant. Brunissende le regarde un moment et lui parle ainsi (je rendrai cette scène dans les termes même du romancier) : « Chevalier, êtes-vous celui qui m’a causé aujourd’hui tant de désagrément et d’ennui ? »

« Dame, répond Geofïroi, je ne vous ai jamais fait de mal, et ne vous en ferai jamais. Je voudrais au contraire vous défendre de tout mon pouvoir contre quiconque vous en ferait. — Vous ne dites point la vérité, reprend Brunissende. N’êtes-vous pas entré dans mon jardin, et n’avez-vous pas blessé mortellement un de mes chevaliers ? — Il est vrai, dame, réplique Geoffroi ; mais la faute en est à ce chevalier qui est venu me réveiller, en me frappant du bois de sa lance, et qui, deux fois abattu par moi, et m’ayant donné deux fois sa parole de me laisser dormir en paix, a osé me réveiller une troisième fois. Mais eût-il été encore plus importun et plus déloyal qu’il ne l’a été, je ne l’aurais point frappé si je l’avais su l’un des vôtres. — Dites ce qu’il vous plaira, continue Brunissende ; mais par tous les saints du monde, je suis sûre que vous ne me causerez plus aucun ennui, et avant la fin du jour qui vient, je serai vengée de vous. »

Geoffroi comprit à ces paroles qu’elle était fort en colère, et se prit à regarder attentivement son frais et blanc visage, sa bouche et ses yeux rians qui lui sont entrés dans le cœur. Il en est devenu amoureux au premier regard ; plus il la regarde, plus elle lui plaît ; moins il est épouvanté de ses menaces, plus il la