Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/428

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dites-moi donc au moins une parole douce et miséricordieuse ? Vous, dont je retrouve le cœur si dur et si impitoyable, dites-moi donc que vous me donnerez, quand je ne serai plus, peut-être une larme, un souvenir. Souffrez qu’en tombant je baise encore une fois vos pieds, et quand je vais les arroser de mon sang, reconnaissez donc votre amant, appelez-le une fois encore votre Lorenzo.

Et comme, l’épée à la main, il s’allait jeter à ses genoux, elle qui avait vu l’acier briller, et passer tout près de son cœur, saisie de terreur, et comme insensée :

— Non, je ne vous connais point, cria-t-elle, non, je ne vous connais point ! Vous êtes un assassin qui m’avez attirée ici pour m’égorger ! eh bien ! tuez-moi.

— Ah ! tu ne me connais point, misérable femme ! cria Lorenzo furieux et hors de lui. Tu ne me connais point ! Eh bien ! meurs donc, puisque tu l’as voulu. C’est en effet toi qu’il faut punir et non pas moi.

Et, s’élançant vers elle, il lui plongea son épée jusqu’à la garde dans le sein.

Paquita tomba sur le bord du bassin en poussant un faible cri.

Les nuages épais qui avaient couvert le ciel pendant la soirée, venaient de se déchirer ; la lune apparut au sommet de la montagne, l’éclairant soudain tout entière.

Lorenzo se tenait debout, la jeune femme étendue, immobile à ses pieds.

Il se jeta à genoux près d’elle.

— Est-ce qu’elle est morte ? cria-t-il.

Et il se pencha sur elle, comme pour écouter si elle respirait encore.

— Oh ! oui, elle est bien morte, dit-il d’une voix étrange, et il se mit à rire horriblement.

Puis, d’un rapide mouvement, il arracha l’épée qui était restée dans le corps de la jeune femme, et la retira toute sanglante.

Alors il la regarda quelques instans, il en examina la pointe attentivement, il la toucha du doigt.

Assurément il se disait que cette lame n’était point trop