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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/423

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Le jeune officier se tenait A l’écart près de la chapelle du palais, et semblait craindre d’être abordé et reconnu.

Enfin le soleil s’était entièrement caché derrière Ségovie. De larges nuages gris accouraient du couchant rapides et pressés, et gagnaient tout le ciel.

Le jeune homme jeta autour de lui un regard inquiet, puis il se dirigea précipitamment vers la porte du jardin où il entra.

Sauf quelques factionnaires près de la grille et devant le palais, il ne s’y trouvait pas une ame. Tout était silencieux et désert.

Il traversa, presque en courant, le parterre et les allées qui le dominent ; puis quand il fut arrivé au bas de celle qui monte vers le grand bassin, il se trouva contraint de s’arrêter et de s’appuyer contre un arbre, tant il était essoufflé, tant son cœur battait avec violence.

La Ivme, qui s’était levée, n’éclairait que bien faiblement le jardin à travers les nuées épaisses dont le ciel s’était voilé. A peine du bas de l’allée en eût-on pu distinguer l’extrémité.

L’officier se remit en marche, et monta vers le grand bassin.

Une femme, vêtue de noir, était assise au bout de l’un des bancs de marbre blanc placés sur ses bords ; elle avait les bras croisés et la tête inclinée.

Au bruit que fit le jeune homme en approchant, elle se leva, et apercevant l’uniforme d’un officier, elle parut vouloir s’éloigner ; mais lui, saisissant soudain son bras :

— C’est moi, dit-il à voix basse ; ne me reconnaissez-vous point, Paquita ?

— Vous, Lorenzo, sous cet habit ! répondit Paquita tremblante de surprise, d’où vient que vous avez pris ce déguisement ?

— Je vais vous le dire ! Nous sommes bien seuls ce soir, et nous pouvons enfin causer en toute liberté ! Mais le vent souffle vers la montagne, je crains que vous n’ayez froid ; voulez-vous prendre mon bras, nous marcherons un peu.

Paquita prit son bras, et ils se promenèrent quelques instans en silence sous les ormes le long du bassin.

Enfin, Lorenzo s’arrêtant :

— Mais ne comprenez-vous point pourquoi je viens ainsi déguisé, Paquita ? s’écria-t-il. Vous êtes triste et silencieuse comme