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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/42

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cela. Ils iront au-devant du tyran, et ils retrouveront bien leurs voix pour crier : vive ! à cet empereur de la canaille ! »

Le 20 mars vint, malgré les ordres de M. de Viomesnil, malgré le nouveau baiser donné à la Charte ; malgré l’argent distribué à Lyon par le comte d’Artois aux soldats qui attendaient l’empereur, des cocardes tricolores dans leurs gibernes ; malgré les volontaires royaux, et même malgré les souvenirs récens de la terrible campagne de Russie, qui devaient être plus forts contre Napoléon que toute l’armée royaliste. La nation ne se souvint de rien, ni du dix-huit brumaire, ni des libertés confisquées, ni de la conscription qui l’avait décimée, ni des longues guerres dont elle sortait à peine ; elle ne se rappela que l’occupation du territoire par les troupes étrangères, les prétentions de la noblesse, l’influence du clergé ; elle laissa partir le roi goutteux qui gouvernait sur un fauteuil, et courut sous les pas du monarque à cheval.

On a beaucoup exagéré de part et d’autre l’effet que produisit l’entrée de Napoléon à Paris ; les passions y voient mal. J’ai cela présent à la mémoire comme aux yeux, et je me souviens de la fausseté des diverses relations. Depuis le matin le drapeau blanc avait été amené du pavillon de l’Horloge ; les Tuileries attendaient les trois couleurs. A une heure après midi, un officier-général, célèbre dans les fastes de la guerre comme commandant de la cavalerie, prit possession du château au nom de l’empereur son maître et le nôtre, comme il nous le dit dans son langage monarchique impérial. Quelque temps après, un lieutenant-colonel des ci-devant lanciers rouges vint dire que l’empereur serait à Paris dans quatre heures ; il était alors à Ville-Juif, et il laissait à Louis XVIII le temps de s’éloigner afin de n’être pas obligé de le prendre, capture dont il ne se souciait pas apparemment. A la nuit tombante, Napoléon se présenta à la porte des Tuileries ; il y avait beaucoup de monde sur la place du Carrousel, mais là étaient les indifférens, les curieux ; les napoléonistes étaient dans la cour des Tuileries et dans les appartemens dont ils avaient repris possession dès le commencement de la journée, comme si l’empereur revenait seulement d’un voyage à Fontainebleau. Napoléon et son