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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/417

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retrouvé sa bonne humeur et sa gaîté habituelles. Pour se distraire un peu, sans doute, elle avait mis j)lus de recherche et de soin que jamais dans sa toilette, et sa coquetterie était devenue chaque jour plus ingénieuse et plus raffinée.

Aussi combien de lechuguinos [1] de Ségovie furent pris aux filets qu’elle tendait tous les soirs à l’Alameda !

La plupart se bornèrent pourtant aux œillades et aux soupirs.

Quelques-uns hasardèrent les sérénades la nuit sous ses fenêtres.

Ce furent des regards et des concerts perdus. Paquita n’était point femme à trahir son amant pour si peu.

Mais un escribano [2] se mit aussi sur les rangs, et avec plus de chances de succès. Celui-là n’était pas seulement jeune et bien fait de sa personne, il était fort riche ! Lui seul, à Ségovie, il avait un carrosse à draperies bleues, attelé de quatre mules ! Quel moyen pour plaire à Paquita ! Comme ce luxe devait la tenter ! Combien la femme de cet escribano serait heureuse et fière d’aller au silio [3] se pavanant dans cet équipage sur la route de Saint-Ildefonse !

Ne faites pas cependant à Paquita l’injure de croire qu’elle fut infidèle à son amant, et séduite par le seul appât de cette opulence.

Don Inigo,— l’escribano se nommait ainsi, — n’avait pas tardé à la demander en mariage. C’était un de ces partis qui ne se refusent point. Elle lui fut accordée.

En fille soumise, Paquita dut obéir à son père, et accepter le jeune et riche escribano pour époux.

Ce n’est pas que sa conscience, sinon son cœur, ne lui eussent fait d’abord quelques reproches. Mais son confesseur, excellent casuiste, auquel elle confia le secret de sa promesse à Lorenzo, se chargea de lever ses scrupules, et lui prouva clairement que la volonté paternelle annulait de plein droit tous les engagemens qu’elle avait pris.

Paquita fut fort aise de se persuader qu’elle était une victime de

  1. Lechuguino, merveilleux, dandy.
  2. Notaire.
  3. Résidence royale.