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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/399

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sont dispersées à travers presque toute l’Asie. Or ces Oigours, qui donnèrent aux Mongols l’écriture que ceux-ci ont passée aux Mantchoux, de qui l’avaient-ils reçue ? L’étude de cette écriture a montré qu’elle n’était autre chose que l’alphabet syriaque, porté au fond de l’Asie, dans les premiers siècles de notre ère, par des prêtres chrétiens. En effet, certaines sectes dissidentes, les Manichéens, les Nestoriens, s’enfoncèrent de bonne heure dans l’Orient, fuyant le siège de l’orthodoxie et de la persécution. Un des résultats de ces émigrations religieuses fut de donner aux nations tartares un alphabet qui, sous une de ses formes, devait être celui de Gengiskan. Or cet alphabet des langues tartares, qui s’est légèrement modifié pour s’accommoder à chacune d’elles, cet alphabet, syriaque d’origine, était lui-même une forme de l’alphabet des peuples sémitiques, dont les caractères hébreux et les caractères arabes sont des variations en apparence bien diverses, mais au fond identiques, dont le type le plus ancien fut cet alphabet phénicien qu’adopta la Grèce, et qui a été le père de tous ceux qu’emploient les peuples européens, tant ceux d’origine latine que ceux d’origine germanique, celtique ou slave. Ainsi voilà une transformation de plus ajoutée à la série des métamorphoses qu’a subies l’alphabet de Cadmus, et la Tartarie jointe à son vaste empire.

L’écriture mantchoue avait été l’objet d’une prétention singulière de la part d’un homme dont les prétentions dépassaient quelquefois le savoir. M. Langlès avait cru découvrir la nature alphabétique des caractères mantclioux, ignorée, selon lui, des Mantchoux eux-mêmes ; malheureusement quelques passages, traduits par M. Rémusat, d’une grammaire chinoise de la langue mantchoue, ne purent laisser à M. Langlès l’illusion d’avoir découvert que les conquérans de la Chine avaient un alphabet sans le savoir.

A côté des résultats importans auxquels peut conduire l’étude comparée des langues, il en est qui ne sont qu’un caprice piquant du hasard : telle est l’analogie bien probablement fortuite entre certains mots mongols et certains mots français. L’exemple le