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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/386

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qui dirait parole peinte ; Nou, colère, composé du caractère cœur et du caractère esclave, passion qui asservit le cœur. Le jeune auteur, dans son enthousiasme, se garde bien de dire que les caractères dont on peut ainsi rendre compte par des associations d’idées plus ou moins heureuses, sont infiniment peu nombreux en chinois, en comparaison de la foule des mots insignifians, et il ajoute, avec toute la ferveur admirative d’un novice : « En lisant, dans le Chou-King, la description du Déluge d’Iao, les gouttes de la clef de l’eau (caractère composé de 3 gouttes), accumulées et combinées avec les caractères des ouvrages publics, des montagnes, des collines, semblent, si j’ose ainsi parler, transporter sur le papier les inondations et les torrens qui couvraient les montagnes, surpassaient les collines, et inondaient le ciel ! Tel est un des principaux mérites de la langue chinoise, que lui ont reconnu tous ceux qui ont fait quelque progrès dans son étude, et qui n’a pas contribué peu à l’enthousiasme dont celle même étude est inséparable. »

Vingt ans plus tard, il eût souri de cet enthousiasme qu’il exprimait alors avec un abandon dont la naïveté n’est pas sans grâce. Alors il n’eût plus vu, comme à son début, le déluge transporté sur une page du Chou-King, par un prodige de l’écriture chinoise. Ce n’est pas qu’il n’y ait en effet souvent une intention pittoresque dans le choix des caractères qu’elle emploie, et une sorte de poésie de style qui parle aux yeux. Cela tient à la nature même de la langue écrite ; mais il est difficile, à moins d’y mettre un peu de bonne volonté, que nous puissions jouir de ces beautés si étrangères à nos habitudes littéraires. Je croirais aussi bien qu’un Chinois peut se mettre en état, à Canton, de goûter l’harmonie d’une phrase de Chateaubriand, ou d’un vers de Lamartine. Il n’importe ; les illusions de ce genre sont le dédommagement des études difficiles, et ont quelque chose de respectable quand elles font entreprendre ce que sans elles on n’aurait pas tenté. Si M. Rémusat n’eût pas, à vingt ans, cru voir tant de belles choses dans le caractère chinois, peut-être il n’eût pas publié plus tard sa grammaire, ou commencé sur le bouddhisme ces beaux travaux que la mort l’a empêché d’achever.

Dans les Mines d’Orient, recueil publié à Vienne, par M. de