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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/384

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comme je l’ai dit, n’ont aucune relation essentielle. Cela est si vrai, que des nations de l’Asie, qui parlent des idiomes très-différens, se servent également des caractères chinois, comme tous les peuples de l’Europe, malgré la diversité de leurs langues, font usage des chiffres arabes.

La langue parlée offre une particularité remarquable ; elle est composée d’environ trois cents monosyllabes ; au moyen de divers accens qui en font varier l’intonation d’une manière très-sensible pour des oreilles chinoises, on obtient environ douze cents mots : c’est le vocabulaire tout entier de la langue parlée.

Pour la langue écrite, elle est d’une richesse illimitée. Les caractères ou mots-signes dont elle se compose ont été portés dans certains dictionnaires chinois jusqu’à cent mille : on voit que, s’il fallait les connaître tous, la vie suffirait à peine en effet pour apprendre à lire, mais ce luxe de lexicologie est heureusement aussi superflu qu’il est effrayant. Au nombre de ces cent mille caractères, il est beaucoup de synonymes, d’archaïsmes, de termes inusités, ou réductibles à des termes usuels, et la connaissance de quelques milliers de signes suffit pleinement pour la lecture des ouvrages qui ne demandent pas une étude spéciale.

Des jeunes gens qui ont reçu même une éducation médiocre, lisent et écrivent très-correctement ces caractères. C’est ce dont ont pu s’assurer ici ceux qui ont conversé la plume à la main avec quelques jeunes Chinois, qui n’étaient rien moins que des lettrés consommés.

Après avoir brièvement indiqué la vraie nature de la langue singulière à laquelle M. Rémusat s’était voué, c’est lui maintenant que nous allons suivre, et ses recherches ingénieuses nous fourniront le moyen de compléter nos idées sur ce sujet.

Au commencement de ce siècle, l’étude du chinois était complètement abandonnée en France, à tel point qu’on fit venir, en 1809, un étranger (Hager), pour publier un dictionnaire chinois à Paris, entreprise au reste qu’il ne fut pas en état d’exécuter. Il fallut à M. Rémusat un rave courage pour concevoir la pensée d’apprendre cette langue sans maître, sans grammaire et sans dictionnaire ; il eut besoin d’une persévérance plus rare encore pour atteindre son but, malgré la rareté des secours dont il pouvait disposer,