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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/383

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bien ! il en est ainsi pour tout à la Chine. Chaque objet de la pensée a son chiffre : c’est ce qu’on appelle un caractère. On pourrait donc, à la rigueur, ne pas savoir articuler une syllabe chinoise et comprendre un livre chinois, de même qu’un Allemand n’a pas besoin de savoir un mot de français pour lire un numéro dans une rue de Paris.

Le terme clef a aussi beaucoup servi à embrouiller les idées touchant l’écriture chinoise ; cependant rien de plus simple : les caractères chinois sont composés d’un nombre plus ou moins considérable de traits plus ou moins compliqués ; les ranger par clef, c’est grouper ensemble ceux qui contiennent une partie commune. Les clefs sont pour les mots-signes de la langue chinoise ce que sont les radicaux pour les mots parlés de nos langues. Ce sont de véritables radicaux dont le nombre, comme celui de toutes les racines, peut varier, selon que l’on pousse plus ou moins loin l’opération analytique par laquelle on recherche la partie radicale d’un mot. Ces clefs n’ont pas été inventées d’abord, comme le croyait Fourmont, puis combinées d’après des règles constantes et raisonnées pour former les caractères. L’esprit humain ne commence pas ainsi par une analyse savante ; il ne s’en avise qu’après coup, pour classer les produits d’une synthèse instinctive. C’est ce qui est arrivé à la Chine : on a d’abord inventé les caractères ; puis, pour les ordonner, on a cherché quels étaient ceux qui avaient une partie commune ; on a nommé cette partie commune clef ou radical, et on a placé dans les dictionnaires, les uns à côté des autres, les caractères qui avaient le même radical ou la même clef, comme ou range quelquefois les mots de nos langues d’après les racines.

Voilà tout le mystère des clefs.

Je n’ai considéré jusqu’ici que la langue écrite. Si les Chinois étaient sourds et muets, cette langue leur suffirait complètement, et ils pourraient par elle se tout dire, sans avoir idée de ce que nous appelons un mot.

Mais comme ils ne sont pas sourds et muets, ils ont une langue parlée : cette langue parlée désigne par des sons ce que la première désigne par des traits ; elle s’adresse uniquement aux oreilles, comme la première uniquement aux yeux. Ces deux langues,