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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/370

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et pour le salut de ses sujets, le pardon des condamnés. Or, il arrive aujourd’hui que ce bon prince est malade, et garde le lit ; l’Espagne, il est permis de l’espérer, ne s’en portera pas moins bien.

Quant à la France, sa santé n’est devenue ni meilleure ni plus mauvaise, quoique ses nouveaux médecins ne lui épargnent point les ordonnances, et se déclarent seuls capables de la traiter, elle ne leur accorde qu’une médiocre confiance, et semble croire que, pour guérir complètement, elle aurait besoin de suivre un régime tant soit peu contraire à celui qu’ils lui prescrivent.

En attendant les représentations prochaines de la chambre, pendant cette quinzaine, nos théâtres ont fait de leur mieux pour nous distraire et nous divertir.

Désespérant de rien imaginer de plus hideux que ses derniers drames, afin de varier nos plaisirs, la Porte-Saint-Martin a eu l’heureuse idée de nous donner de la laideur physique, comme elle nous avait donné de la laideur morale. Elle nous a donc montré un Anglais, nommé, je crois, Tom-Rick, qui imite tour à tour, avec une horrible perfection, le singe, la limasse, l’araignée, le lézard et le crapaud. C’est un spectacle odieux assurément, et qui soulève le cœur ; cependant, à tout prendre, Tom-Rick dégoûte moins profondément que Dix Ans de la Vie d’une Femme ; mieux valent encore les grimaces et les contorsions du corps que celles de l’âme.

Aux Italiens, mademoiselle Julie Grisi a débuté d’une manière bien brillante dans la Semiramide, et l’on ne doit pas attribuer uniquement ce triomphe à son admirable beauté : il en faut rapporter la meilleure partie à l’élégance de son jeu, àl’étendue de sa voix, et à l’excellence de sa méthode.

L’Opéra ne nous a pas révélé seulement le talent de deux jeunes et jolies danseuses, mesdemoiselles Fitz-James et Varin ; mademoiselle Falcon n’y a pas seulement continué ses débuts avec le même succès dans Moïse que dans Robert le Diable : nous y avons pu voir encore messieurs les Saint-Simoniens, majestueusement assis, en grand costume, sur les bancs de l’amphithéâtre, comme nous les avions vus sur ceux de la police correctionnelle.

Après nous avoir montré tant de divinités païennes, et jusqu’au paradis chrétien, c’était bien le moins que l’Opéra nous montrât aussi les dieux saint-simoniens. L’olympe de Ménil-Montant manquait à son répertoire.

Vous le voyez donc, cette religion n’est pas morte, comme on l’avait dit. On la rencontre encore dans les rues et dans les passages. Elle se promène et se crotte sur le boulevart, en pantalon blanc, en jaquette noire, et en