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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/338

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il se fit ouvrir par son valet une chambre qui n’était point celle de sa femme. Mistress Margery, que sa maîtresse avait renvoyée aussitôt que l’on avait entendu la voix du major, revint vite conter à lady Janet ce qui se passait dans l’hôtel.

— Hum I fit la dame.

Cette fois cependant elle n’enfonça point son nez dans son oreiller, mais elle exécuta devant sa suivante une grimace des plus significatives ; puis se tournant du côté de la ruelle de son lit, elle s’endormit.

Nous n’avons pas le loisir de suivre cet aimable couple à travers les nombreuses scènes conjugales du même genre dont cet événement fut l’origine.

La libéralité de lady Janet était grande, mais l’avidité du major était excessive. Ce qui devenait plus grave, c’est qu’il ne daignait point prendre la peine de cacher que le jeu n’était pas la seule tentation qui l’attirât et le retînt la plupart des nuits hors de la maison.

Cependant, voyez combien ces femmes étaient étranges ! chaque fois que quelque nouveau méfait du major venait à leur être révélé, elles tombaient dans d’incroyables accès de gaîté.

Enfin le prodigue gentleman ayant épuisé les derniers mille francs que lady Janet avait mis à sa disposition, crut un matin devoir honorer sa femme de sa présence à déjeuner, afin de requérir d’elle une nouvelle allocation de fonds. Lady Janet le laissa fort tranquillement exposer sa demande, puis elle sonna et fit appeler sa femme de chambre. Margery étant accourue, sa maîtresse lui ordonna, avec un grand sang-froid, de préparer ses malles, attendu qu’elle allait immédiatement repartir pour l’Ecosse.

— Vous pourrez cependant laisser tout le linge de table et celui de la maison, ajouta la dame avec un gracieux sourire ; c’est un petit cadeau que je fais au major, et qu’il voudra bien conserver, je l’espère, en mémoire de notre amour.

Le gentleman demeura d’abord stupéfait. Recouvrant bientôt pourtant toute sa dignité d’homme, il usa amplement, durant quelques minutes, de cette liberté de paroles que la loi n’interdit point aux maris.