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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/333

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LE MARIAGE DU MAJOR.





Il y a quelques années, la note suivante fut insérée dans un journal de Bath :

« Lady Janet Mc Cleure est arrivée et descendue hier soir à l’hôtel d’York. Cette noble et honorable dame est la fille unique et la seule héritière du comte de Dingleford, décédé il y a environ six mois. L’illustre et ancien titre de Dingleford s’est éteint avec lui ; mais la totalité de ses immenses propriétés, tant mobilières qu’immobilières, a passé à lady Janet. »

Cette note fut lue avec un certain degré d’intérêt par tous les hommes non mariés qui se trouvaient alors à Bath. On compulsa avec soin les archives de la pairie écossaise, et l’on sut, grâce à ces recherches, que lady Janet venait d’entrer dans sa cinquante-deuxième année. Quelques-uns la trouvèrent trop vieille ; beaucoup d’autres la trouvèrent trop jeune.

Quoi qu’il en soit, un nombre prodigieux d’individus s’empressa de se faire présenter à elle dès la première semaine de son arrivée.

Lady Janet était douée de la plus complète originalité qui se puisse rencontrer. Bizarre dans sa personne, bizarre dans sa toilette, bizarre dans ses habitudes, et bizarre par-dessus tout dans ses manières, c’était d’ailleurs, au fond, une bien fine et bien malicieuse créature.

Rien n’était moins aisé que de gagner le cœur d’une telle dame. Beaucoup de galans tentèrent néanmoins sa conquête, et lady Janet eut tant d’amans à éconduire, que cette besogne l’eut bientôt singulièrement lassée. Elle aurait même probablement perdu