Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/331

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


<poem> Le voyage à travers une belle nature, L’éternel changement de choses et de lieux, La joyeuse arrivée et le départ joyeux, L’orgueil qu’un homme libre a de se sentir vivre Dans un brick fin voilier et bien doublé de cuivre, Soit qu’il ait à franchir un détroit sinueux, Soit que, par un beau temps, l’océan monstrueux Qui brise, quand il veut, les rocs et les murailles, Le berce mollement sur ses larges écailles, Soit que l’orage noir, envolé dans les airs, Le batte à coups pressés de son aile d’éclairs !

Mais il te reste, ô Grec, ton ciel bleu, ta nier bleue, Tes grands aigles qui font d’un coup d’aile une lieue, Ton soleil toujours pur dans toutes les saisons, La sereine beauté des tièdes horisons, Ta langue harmonieuse, ineffable, amollie, Que le temps a mêlée aux langues d’Italie, Comme aux flots de Baia la vague de Samos ; Langue d’Homère où Dante a jeté quelques mots ! Il te reste, trésor du grand homme candide, Ton long fusil sculpté, ton yatagan splendide, Tes larges caleçons de toile, tes caftans De velours rouge et d’or, aux coudes éclatans ! Quand ton navire fuit sur les eaux écumeuses, Fier de ne côtoyer que des rives fameuses, Il te reste, ô mon Grec, la douceur d’entrevoir Tantôt un fronton blanc dans les brumes du soir, Tantôt, sur le sentier qui près des mers chemine, Une femme de Thèbe ou bien de Salamine,