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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/330

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<poem> Nous t’avons oublié. Ta gloire est dans la nuit. Nous faisons bien encor toujours beaucoup de bruit, Mais plus de cris d’amour, plus de chants, plus de culte, Plus d’acclamations pour toi dans ce tumulte ! Le bourgeois ne sait plus épeler ton grand nom. Soleil qui t’es couché, tu n’as plus de Memnon. Nous avons un instant crié : — « La Grèce ! Athènes ! Sparte ! Léonidas ! Botzarjs ! Démosthènes ! Canaris, demi-dieu de gloire rayonnant !... » — Puis, l’entr’acte est venu, c’est bien, et maintenant Dans notre esprit, si plein de ton apothéose, Nous avons tout rayé pour écrire autre chose ! Adieu les héros grecs ! leurs lauriers sont fanés. Vers d’autres orients nos regards sont tournés. On n’entend plus sonner ta gloire sur l’enclume De la presse, géant par qui tout feu s’allume, Prodigieux cyclope, à la tonnante voix, A qui plus d’un Ulysse a crevé l’œil parfois. Oh ! la presse ! ouvrier qui chaque jour s’éveille, Et qui défait souvent ce qu’il a fait la veille ; Mais qui forge du moins, de son bras souverain, A toute chose juste une armure d’airain !

Nous t’avons oublié !

Mais à toi, que t’importe ? Il te reste, ô marin, la vague qui t’emporte, Ton navire, un bon vent toujours prêt à souffler, Et l’étoile du soir qui te regarde aller. Il te reste l’espoir, le hasard, l’aventure.