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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/329

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FRAGMENT. [1]





<poem> Canaris ! Canaris ! nous t’avons oublié ! Lorsque sur un héros le temps s’est replié, Quand le comédien a fait pleurer ou rire, Et qu’il a dit le mot que Dieu lui donne à dire, Quand, venus au hasard des révolutions, Les grands hommes ont fait leurs grandes actions, Qu’ils ont jeté leur lustre, étincelant ou sombre, Et qu’ils sont pas à pas redescendus dans l’ombre, Leur nom s’éteint aussi. Tout est vain ! tout est vain ! Et jusqu’à ce qu’un jour le poète divin Qui peut créer un monde avec une parole, Les prenne, et leur rallume au front une auréole, Nul ne se souvient d’eux, et la foule aux cent voix, Qui, rien qu’en les voyant, hurlait d’aise autrefois, Hélas ! si par hasard devant elle on les nomme, Interroge et s’étonne et dit : Quel est cet homme ?

  1. Nous sommes heureux de pouvoir donner à nos lecteurs ces beaux vers que nous devons à une indiscrétion d’ami ; nous connaissons trop l’intérêt que M. Victor Hugo porte à notre Revue, pour craindre qu’il nous sache mauvais gré de les publier.