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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/326

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baissant dans la main gauche, tandis que la droite ramenait la corde jusqu’à l’épaule du jeune homme, et il eût été bien difficile de juger, quelle que fût la différence de la distance, laquelle arriverait le plus vite à son but de la flèche du dauphin ou de l’épée de Cappeluche, lorsque Tanneguy, étendant vivement son bras, saisit la flèche par le milieu, et la brisa entre les deux mains de l’archer royal.

— Que fais-tu, Tanneguy ? que fais-tu ? lui dit le dauphin en frappant du pied ; ne vois-tu pas que cet homme va tuer un des nôtres, qu’un Bourguignon va assassiner un Armagnac ?

— Meurent tous les Armagnacs, monseigneur, avant que votre altesse souille le fer d’une de ses flèches dans le sang d’un pareil homme.

— Mais, Tanneguy ! Tanneguy ! ah ! regarde !…

Au cri du dauphin, Tanneguy jeta de nouveau les yeux sur la rue Saint-Antoine ; la tête de l’Armagnac était à dix pas de son corps, et maître Cappeluche faisait tranquillement égoutter sa longue épée, en sifflant l’air de la chanson si connue :

« Duc de Bourgogne,
« Dieu te tienne en joie. »


— Regarde, Tanneguy, regarde, disait le dauphin en pleurant de rage ; sans toi, sans toi !… mais regarde donc…

— Oui, oui, je vois bien, dit Tanneguy… mais, je vous le répète, cet homme ne pouvait pas mourir de votre main.

— Mais sang Dieu, quel est donc cet homme ?

— Cet homme, monseigneur, c’est maître Cappeluche, le bourreau de la ville de Paris.

Le dauphin laissa tomber ses deux bras, et pencha sa tête sur sa poitrine.

— Ô mon cousin de Bourgogne, dit-il d’une voix sourde, je ne voudrais pas, pour conserver les quatre plus beaux royaumes de la chrétienté, employer les hommes et les moyens dont vous vous servez pour m’enlever ce qui me reste du mien.

Pendant ce temps, un des hommes de la suite de Cappeluche