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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/305

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que vous en êtes sorti, et je vous vois brisé par la fatigue et la douleur. Vous fûtes autrefois l’ami de l’impératrice, et je suis sûre que, si elle intercédait aujourd’hui pour vous, l’empereur n’est ni si dur ni si cruel qu’il ne vous pardonnât le passé. » Gérard ne se rend pas sans peine à ce conseil ; mais enfin, il l’accepte par pitié pour son épouse, et le voilà qui prend avec elle le chemin d’Orléans, où se trouvait pour lors Charles avec sa cour.

Ils y arrivent le jeudi saint, le jour de la cène. Dans l’espoir de pouvoir dire un mot en secret à la reine, Gérard va bien vite à l’église, se ranger au nombre des pauvres pèlerins, des mendians, des estropiés, auxquels elle doit ce jour-là distribuer des vêtemens et de l’argent. Mais un prêtre, qui le voit grand et vigoureux parmi cette foule de pauvres infirmes, le prend rudement par la main et le chasse avec des injures et des menaces. Gérard regrette alors sa forêt, son charbon et ses sauvages compagnons ; mais Berthe est toujours là, comme son bon ange, pour le consoler et le conseiller. — Seigneur, ne vous déconcertez pas, lui dit-elle ; faites plutôt ce que je vais vous dire. C’est demain le vendredi-saint : l’impératrice se rendra seule à l’église, pour prier. Attendez-la, et dès que vous l’apercevrez, approchez-vous d’elle, et présentez-lui cet anneau. C’est celui par lequel elle vous engagea autrefois son amour, en présence du comte Gervais. Vous me le donnâtes, et moi je l’ai précieusement gardé au milieu de nos détresses. — Gérard, charmé de ravoir cet anneau, n’hésite pas à faire tout ce que sa femme lui a conseillé.

La journée du vendredi-saint passée, à l’heure où commence la solennité des ténèbres, la reine arrive nu-pieds à l’église, et se retire, pour prier, dans une chapelle solitaire, faiblement éclairée par une lampe. Gérard, qui l’a vue entrer et qui a suivi de l’œil tous ses mouvemens, se glisse à pas lents aussi près d’elle qu’il peut, et lui adresse timidement la parole : — Dame, lui dit-d, pour l’amour de ce Dieu qui fait des miracles, de ces saints que vous venez ici prier, et pour l’amour de ce Gérard qui fut votre ami, je vous conjure de venir à mon secours. —