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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/298

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Provence, les comtés de Narbonne et de Barcelonne. Il avait pour vassaux Odil ou Odilon, son oncle, et ce qui est plus singulier encore, le vieux Drogon, son père, qui commandait pour lui les pays au-delà des Pyrénées. Il avait à ses ordres une multitude de braves chevaliers, à la tête desquels, comme les plus braves et les plus dévoués, brillaient ses quatre neveux, Foulques, Bos ou Boson, Gilibert et Seguin, et un cousin nommé Fouchier.

Le rapprochement momentané de Gérard et de Charles n’avait fait qu’aigrir encore leurs anciennes haines : aux raisons politiques que l’empereur avait de craindre le comte, se mêla un peu de jalousie d’amour, de sorte qu’une rupture entre l’un et l’autre était devenue inévitable.

Toutefois, avant d’en venir à une guerre ouverte, le roi veut essayer de la ruse et de la trahison. Au retour d’une grande chasse dans les Ardennes, il vient, avec un cortège qui est une armée, camper sous les murs de Roussillon, et à la vue d’un si bon et si fort château, il sent redoubler sa haine pour Gérard. « Si j’étais là-haut, au lieu d’être çà-bas, le comte Gérard ne serait pas si fier. » Or, il y avait là un damoiseau, encore jeune garçon, qui, entendant ce propos du roi, lui répond hardiment : « Si les traîtres portaient des marques de ce qu’ils sont, vos cheveux, au lieu d’être noirs, seraient rouges. Mais faites ce que vous voudrez, Gérard est si bon maître de guerre, qu’il n’aura jamais peur de la vôtre. »

Charles, apparemment accoutumé à s’entendre dire des choses pareilles, ne s’arrête pas à celle-là, et envoie un jeune cheva- lier de ses amis sommer Gérard de lui rendre le château de Roussillon. Le message est fait en termes très-fiers : Gérard y répond en termes plus fiers encore, et la guerre est décidée.

Les deux adversaires convoquent leurs forces, l’un pour prendre le château de Roussillon, l’autre pour le défendre. Mais le sort de la forteresse se décide d’une manière imprévue. Gérard avait pour maréchal un vilain, nommé Riquier, qu’il avait fait chevalier et comblé de biens. C’était un misérable qui, pour trahir son seigneur, n’en attendait que l’occasion, et cette