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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/297

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couples vont se séparer pour se rendre chacun à sa demeure et à ses affaires respectives.

Ce moment donne lieu à une scène doublement remarquable par l’importance qu’elle a dans la suite du roman, et comme un exemple frappant de ce que la galanterie chevaleresque était au xii° siècle dans les mœurs et les idées provençales.

Sur le point de se séparer pour un temps indéfini de son ami Gérard, la nouvelle impératrice veut du moins lui donner une assurance solennelle de sa tendresse ; elle veut s’unir à lui par une espèce de mariage spirituel. Le manuscrit de Gérard commence par la description de ce mariage, qui en est indubitablement un des morceaux les plus curieux et les plus caractéristiques. Je vais le traduire avec toute la fidélité que comportent la concision de l’original et la nécessité d’être compris.

« Au poindre du jour Gérard conduisit la reine sous un arbre (à l’écart), et la reine menait avec elle deux comtes (de ses amis), et sa sœur Berthe. — Que dites-vous, femme d’empereur (fait alors Gérard), que dites-vous de l’échange que j’ai fait de vous pour un moindre objet ? — (Bien est-ce vrai) seigneur, vous m’avez fait impératrice, et vous avez épousé ma sœur pour l’amour de moi. Mais ma sœur, est-il vrai aussi, est un objet de (haut) prix et de grande valeur. Ecoutez-moi, comtes Gervais et Bertelais, vous, ma chère sœur, la confidente de mes pensées, et vous surtout, Jésus, mon rédempteur, je vous prends tous pour garans et pour témoins, qu’avec cet anneau je donne à jamais mon amour au duc Gérard, et que je le fais mon sénéchal et mon chevalier. J’atteste devant vous tous que je l’aime plus que mon père et que mon époux ; et le voyant partir, je ne puis me défendre de pleurer.

« Dès ce moment dura sans fin l’amour de Gérard et de la reine l’un pour l’autre, sans qu’il y eût jamais de mal, ni autre chose que tendre vouloir et secrètes pensées. »

Charles haïssait et craignait depuis long-temps Gérard comme trop puissant et trop fier ; et le romancier fait en effet du comte un vassal auquel il ne manque guère d’un roi que le nom. Outre la Bourgogne entière, il possédait la Gascogne, l’Auvergne, la