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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/290

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Quant à sa femme, il lui aurait bien pardonné d’avoir pris un autre mari en son absence ; mais il ne lui pardonna pas le projet de le faire périr, quand elle avait appris son arrivée, et la répudia.

Tel est le canevas, le sommaire grossier d’une histoire dont le légendiste n’a donné que les traits principaux, les dépouillant de l’intérêt ou du caractère qu’ils pouvaient avoir par leur liaison et leur développement. Il n’y a pas un de ces traits où la main aride de l’abréviateur ne se fasse sentir ; et si l’on pouvait avoir quelque doute à cet égard, ce doute serait dissipé par la conclusion de l’extrait. C’est une espèce de post-scriptum, dans lequel l’auteur revient sur une au moins des particularités sans nombre qu’il a omises dans son récit. Voici comment il s’explique : « Pour ajouter, dit-il, quelque peu de chose à ce qui précède, on raconte que les premiers pirates qui rencontrèrent Raimond, lui firent boire une potion d’une plante puissante, et d’une vertu si magique, que l’oubli s’empare de ceux qui en boivent, et qu’ils perdent toute mémoire de leur famille et de leur demeure. »

La singularité de cette fiction tient au disparate des diverses données qui s’y font reconnaître au premier coup-d’œil. Je ne parle pas de l’invocation et de l’apparition des saints : ce sont des choses de droit à toute époque du christianisme, et plus encore à celle dont il s’agit ici qu’à toute autre. Il est plus important de noter qu’il s’y rencontre des allusions historiques assez intéressantes. Telles sont celles aux guéries perpétuelles des Arabes et des Berbères, des chefs Ommiades de Cordoue avec les Aglabites d’Afrique. La bataille dont il est fait mention entre les Arabes de Cordoue et le comte don Sanche de Castille, est certainement la bataille de Djebal-Quinto, que ce comte et son allié musulman, Soliman ben et Hakein, chef des milices africaines de la Péninsule, gagnèrent sur le roi de Cordoue, Mohamed et Moadhi, en 1009 ou 1010.

A ces données chrétiennes et modernes, il faut en joindre de païennes, d’antiques, d’homériques ; le fait est étrange, mais hors de doute. Les principaux incidens de l’histoire de Raimond du Bousquet, telle que je viens de vous la dire, sont empruntés