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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/27

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Tu condamnais le sort, — oui, dans ce temps-là même,
(Si tu ne l’avais dit, ce serait un blasphème),
Dans ce temps, plus d’amour enflait ce noble sein,
Plus de pleurs grossissaient la source sans bassin,
Plus de germes errans pleuvaient de ta colline,
Et tu ressemblais mieux à notre Lamartine !
C’est la loi : tout poète à la gloire arrivé,
A mesure qu’au jour son astre s’est levé,
A pâli dans son cœur. Infirmes que nous sommes !
Avant que rien de nous parvienne aux autres hommes,
Avant que ces passans, ces voisins, nos entours,
Aient eu le temps d’aimer nos chants et nos amours,
Nous-mêmes déclinons ! comme au fond de l’espace
Tel soleil voyageur qui scintille et qui passe,
Quand son premier rayon a jusqu’à nous percé,
Et qu’on dit : le voilà, s’est peut-être éclipsé !

Ainsi d’abord pensais-je ; armé de ton oracle.
Ainsi je rabaissais le grand homme en spectacle ;
Je niais son midi manifeste, éclatant,
Redemandant l’obscur, l’insaisissable instant.
Mais en y songeant mieux, revoyant sans fumée
D’une vue au matin plus fraîche et ranimée,
Ce tableau d’un poète harmonieux, assis
Au sommet de ses ans, sous des cieux éclaircis,
Calme, abondant toujours, le cœur plein sans orage,
Chantant Dieu, l’univers, les tristesses du sage,
L’humanité lancée aux Océans nouveaux,....
— Alors je me suis dit : non, ton oracle est faux,
Non, tu n’as rien perdu ; non, jamais la louange,
Un grand nom, — l’avenir qui s’entr’ouvre et se range, —
Les générations qui murmurent, C’est lui,
Ne furent mieux de toi mérités qu’aujourd’hui.
Dans sa source et son jet, c’est le même génie ;
Mais de toutes les eaux la marche réunie,
D’un flot illimité qui noierait les déserts,
Egale ; en s’y perdant, la majesté des mers.
Tes feux intérieurs sont calmés, tu reposes ;
Mais ton cœur reste ouvert au vif esprit des choses.
L’or et ses dons pesans, la Gloire qui fait roi,
T’ont laissé bon, sensible, et loin autour de toi
Répandant la douceur, l’aumône et l’indulgence,.