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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/264

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d’où proviennent les renseignemens qu’il donne sur le pays, et les cartes qui accompagnent son voyage ? Ici, je l’avoue, je suis réduit à de simples conjectures, mais qui ont à mes yeux tout le poids de la réalité. Il existe à Rio-Janeiro un grand nombre de personnes qui ont été au Congo, et une foule de documens sur les possessions portugaises en Afrique, qui y ont été apportés en partie de Lisbonne, lorsque le roi Jean VI quitta le Portugal pour aller s’établir au Brésil. Ces documens sont déposés dans les archives publiques, et je conviens qu’il est presque impossible d’en prendre copie ; mais pour les ouvrages appartenant à des particuliers, la même impossibilité ne subsiste plus. Or, M.  Douville n’a-t-il pas pu, par un moyen quelconque, se procurer un manuscrit accompagné de cartes, manuscrit qu’il aura arrangé à sa manière, et si j’accorde qu’il a été réellement au Congo, sans toutefois s’avancer dans l’intérieur des terres, ne lui a-t-il pas été plus facile encore qu’au Brésil de se procurer des renseignemens écrits ou de vive voix de la bouche des traitans portugais ?

Cette dernière conjecture me paraît la plus probable, car je crois distinguer çà et là, à travers les fictions de l’ouvrage, quelques traits qui indiquent un homme qui a été sur les lieux. J’accorderai donc à M. Douville qu’il a mis réellement les pieds en Afrique, mais rien de plus Il suffit, en effet, de la lecture du voyage pour reconnaître que l’auteur décrit presque partout des pays qu’il n’a pas vus, et raconte des événemens qui ne se sont jamais passés. D’abord, qu’est-ce que ces caravanes, ou plutôt ces armées à sa solde, et à l’aide desquelles il taille en pièces des armées ennemies, brûle des villages, fait leurs chefs prisonniers, et cent autres prouesses du même genre ? Je lui ferai observer qu’à l’époque où il prétend avoir entrepris son expédition, il n’avait pas à sa disposition, je ne dis pas les 150 000 fr. qu’il assure y avoir dépensés, mais même la cinquantième partie de cette somme[1]. Ensuite on peut remarquer dans quelle

  1. M. Douville dit 150 000 francs ; mais si on calcule les dépenses qu’il a dû faire d’après sa manière de voyager, on trouvera, avec le Foreign Quarterly Review, qu’elles ont dû s’élever à près de 400 000 francs. C’est une des moindres contradictions de l’ouvrage.