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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/255

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20 avril, elle s’engage entre les récifs madréporiques qui ceignent cette île, comme la plupart de celles de la Polynésie, et, pendant près de quatre jours, la perte du bâtiment paraît inévitable ; il ne parvient à se dégager qu’après avoir perdu presque toutes ses ancres, et par un de ces hasards miraculeux dont est semée la vie de l’homme de mer. Quelques jours après cet événement critique, les naturels, qui n’avaient montré jusque-là aucunes dispositions hostiles, donnent un exemple de cette perfidie qui a déjà été fatale à plusieurs navires, et enlèvent un canot de l'Astrolabe avec son équipage. M. d’Urville ne parvient à délivrer ses hommes qu’en recourant à des actes d’hostilités qui en imposent à ces sauvages intrépides d’ailleurs, et accoutumés à l’effet des armes à feu, devenues assez communes parmi eux depuis quelques années. C’est à elles probablement qu’ils devront un jour un changement dans leur état social, de même que l’Europe leur doit une partie de ceux qu’elle a subis depuis leur invention.

Ici, comme à la Nouvelle-Zélande, des missionnaires méthodistes se sont établis depuis plusieurs années, et, plus heureux que dans ce dernier pays, ils sont parvenus à convertir un certain nombre d’insulaires à la religion chrétienne, et, chose bien remarquable, c’est à des naturels d’Otaïty que sont dus les plus grands succès dans ce genre. Leur île, convertie en entier par les missionnaires, est devenue le foyer de la civilisation qui doit un jour se répandre sur toutes celles de la Polynésie. On dirait, à voir le zèle infatigable des méthodistes sur tous les points du globe, que l’esprit de prosélytisme, si fervent dans l’église romaine aux temps de sa puissance, a passé tout entier dans ces hommes austères, les puritains de nos jours. Reste à savoir si leurs principes exagérés peuvent contribuer au bonheur des nations sauvages auxquelles ils s’efforcent de les inculquer.

Un résumé de tout ce qui est connu sur Tonga-Tabou, depuis sa découverte par Tasman jusqu’à nos jours, et non moins complet que celui sur la Nouvelle-Zélande, suit les détails personnels à l’expédition, et termine la partie historique publiée jusqu’à ce moment. Celle qui doit suivre, et qui contient les travaux exécutés sur les autres points de la Polynésie, à la Nouvelle-Guinée, aux Moluques, etc., ne peut manquer d’offrir des