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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/239

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opposés. Il célèbre, d’un ton de triomphe, les funérailles de la monarchie ; nous ne sommes pas rois, s’écrie-t-il, ce n’est pas pour nous que nous parlons ; il est enivré ; pour la première fois, il se trouve populaire ; enfin, il n’est tiré de son inexplicable aveuglement que par le canon des barricades.

Si quelqu’un, monsieur, a précipité, par son impulsion personnelle, la chute de la maison de Bourbon, c’est M. de Chateaubriand ; il a perdu ce qu’il avait élevé. Jamais polémique ne fit plus de ravage. Grâce à lui, personne de quelque sens et de quelque consistance n’osa plus s’avouer royaliste ; chacun briguait, sous sa conduite, les honneurs de la désertion, et passait à l’ennemi sous le fracas des applaudissemens publics.

Mais ne voilà-t-il pas que, par une péripétie nouvelle, celui qui s’est vengé, se lamente sur sa victoire ; après avoir donné quelques jours et quelques paroles à l’admiration de l’héroïsme populaire, il retourne au culte des débris de la légitimité : cela peut-être fort chevaleresque, mais cela n’est pas raisonnable ; car enfin, que veut M. de Chateaubriand ? S’il désire sincèrement le développement des destinées du monde, s’il veut être l’agent de l’humanité et non pas d’une race de rois, comment ne comprend-t-il pas que la rupture avec l’ancien ordre est, pour nous, un progrès nécessaire, le seul, à vrai dire, que nous ayons fait ? C’est abuser de l’autorité du génie que de nous présenter la légitimité monarchique comme une vérité sociale de tous les temps ; et nous offrir Henri y comme l’unique ressource de la France, voilà qui est fort ridicule. Que M. de Chateaubriand ne se méprenne pas à l’éclat de ses derniers pamphlets : s’il a satisfait la conscience de notre honneur par l’éloquente réprobation de la politique poltronne qui nous abaisse aux yeux de l’Europe, il a contristé tous ceux qui estimaient le moment, arrivé pour lui, de donner à sa brillante renommée la sanction du bons sens et de la solidité.

En vérité, M. de Chateaubriand s’est placé dans une situation comique entre les générations nouvelles et le parti rétrograde. Aux premières, il déclare accepter toutes les possibilités et toutes les aventures de l’avenir, il ne fait pas difficulté d’écrire : Et pourquoi donc la république serait-elle une chimère ? Mais aussitôt il se sent ressaisi par ses vieilles habitudes, et il fait entendre le