Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/21

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


particulier ; d’ailleurs assez mécontent du sort et trouvant mal de quoi satisfaire à ses goûts innés de noble aisance et de grandeur. La fortune, en effet, qu’il obtint plus tard de son chef par héritage d’un oncle, n’était pas près de lui venir, et, comme tous les fils de famille, il sentait quelque gène de sa dépendance. En 1813, sa santé s’étant altérée, il revit l’Italie ; un certain nombre de vers des Méditations et beaucoup de souvenirs dont le poète a fait usage par la suite datent de ce voyage : le Premier Amour des Harmonies s’y rapporte probablement. La chute de l’empire et la restauration apportèrent de notables changemens dans la destinée de Lamartine. Il était né et avait grandi dans des sentimens opposés à la révolution : il n’avait jamais adopté l’empire et ne l’avait pas servi. En 1814, il entra dans une compagnie des gardes-du-corps. Son royalisme pourtant se conciliait déjà avec des idées libérales et constitutionnelles : il avait même composé une brochure politique dans ce sens, qui ne fut pas publiée, faute de libraire. Après les cent jours, Lamartine ne reprit point de service : une passion partagée, dont il a éternisé le céleste objet sous le nom d’Elvire, semble l’avoir occupé tout entier à cette époque. Nous nous garderons de soulever le plus léger coin du voile étincelant et sacré dont brille de loin aux yeux cette mystérieuse figure. Nous nous bornerons à remarquer qu’Elvire n’a point fait avec son poète le voyage d’Italie, et que le lac célébré n’est autre que celui du Bourget. Toutes les scènes qui ont pour cadre l’Italie, principalement dans les secondes Méditations, ne se rapportent donc pas originairement à l’idée d’Elvire, à laquelle je les crois antérieures ; ou bien elles auront été combinées, transposées sur son souvenir par une fiction ordinaire aux poètes. La mort d’Elvire, une maladie mortelle de l’amant, son retour à Dieu, le sacrifice qu’il fait, durant sa maladie, de poésies anciennes et moins graves, quoique assurément avouables devant les hommes, tels sont les événemens qui précèdent l’apparition des Méditations poétiques, laquelle eut lieu dans les premiers mois de 1820. Le succès soudain qu’elles obtinrent fut le plus éclatant du siècle depuis le Génie du Christianisme ; il n’y eut qu’une voix pour s’écrier et applaudir. Le nom de l’auteur, qui ne se trouvait pas sur la première édition, devint instantanément glorieux : mille