Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/193

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


personne, qui sont arbitraires et forgés, ont été de même forgés en provençal, tels que ceux de Floramia, d’Albaflora, de Flordivale.

Mais ce qui est remarquable en fait de noms et de langue, dans cette fable du Graal, c’est ce nom même de Graal donné au vase merveilleux confié à la garde des Templiers. Il n’est pas indifférent, pour découvrir l’origine de cette fable, d’examiner dans quel pays elle a dû recevoir ce titre qui est indubitablement son titre originel, qu’elle a gardé partout où elle a pénétré. Or, ce titre, elle n’a pu le recevoir que dans des pays de langue provençale ; car c’est indubitablement à cette langue qu’appartiennent les termes de graal, gréai, formes particulières de celui de grazal, qui signifie vase en général, et plus strictement écuelle.

Il y a une preuve certaine que les rédacteurs de l’histoire du Graal, en français, ont adopté et transcrit ce mot de grazal ou de graal, sans en connaître la signification, c’est l’étymologie et l’explication qu’ils en donnent. Un de ces rédacteurs dit expressément, en parlant du vase miraculeux, qu’il se nomme Graal, parce que nul ne le voit sans que la vue lui en agrée, parce qu’il est pour tous une chose que tous agréent. Une pareille étymologie était, à ce qu’il semble, impossible dans des pays dans la langue desquels le mot grazal ou graal était l’un des plus familiers.

Ces diverses raisons pour prouver l’origine provençale des plus anciens romans du Graal, raisons tirées de la substance même de ces romans, fussent-elles les seules à alléguer en faveur de cette origine, mériteraient de n’être pas dédaignées. Il se pourrait qu’elles eussent à elles seules une autorité supérieure à tel ou tel témoignage historique particulier, qui y serait opposé. Mais ici, non-seulement il n’y a pas de témoignage positif contraire à ces raisons ; il y en a un pour et l’un des plus décisifs et des plus intéressans qu’il soit possible d’imaginer.

Lorsqu’au commencement du XIIIe siècle. Wolfram de Eschenbach composa les deux romans épiques du Graal, auxquels j’ai jusqu’à présent fait allusion, c’est-à-dire le Titurel et le Perceval, il existait déjà, bien que non encore terminé, un Perceval de Chrétien de Troyes ; et Wolfram, qui le connaissait, aurait pu le