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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/162

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compositions épiques qui formaient l’autre moitié de leur poésie. J’en ai déjà cité, et en grand nombre, qui constatent l’existence d’une foule de compositions narratives de toute dimension et de tout genre. Mais j’ai fait abstraction de beaucoup d’autres, et précisément de celles qui prouvent qu’il y eut, en provençal, des récits romanesques sur tous les mêmes points de cette même fable carlovingienne sur laquelle il existe encore des romans en vieux français.

Je trouve au moins quinze troubadours qui ont fait mention de romans provençaux sur les quatre séries d’événemens que j’ai distingués tout à l’heure, comme thème des romans carlovingiens ; et chacun de ces quinze troubadours ayant fait plusieurs fois allusion au même roman, ou une seule fois à plusieurs romans divers, il en résulte que la somme totale de ces allusions est d’environ cinquante, et je ne les ai point toutes recueillies ; je n’ai guère tenu compte que de celles que j’ai rencontrées un peu fortuitement, en cherchant autre chose.

De ces allusions, les unes, comme on doit s’y attendre, sont vagues et fugitives, et il n’y a pas grand parti à en tirer pour l’histoire. On doit seulement en conclure que les romans auxquels elles se rapportaient devaient être très-populaires et très-généralement connus, puisque les plus légers indices suffisaient pour les rappeler à l’imagination.

Mais plusieurs des allusions dont il s’agit sont, au contraire, assez précises et assez développées, pour constater que ceux des romans provençaux auxquels elles s’appliquaient, étaient, sinon pour les détails et les accessoires, au moins pour l’ensemble et le fond, tout-à-fait conformes à ceux que l’on a encore aujourd’hui sur les mêmes sujets.

Ainsi, par exemple, la fable singulière du séjour et des aventures de Charlemagne encore adolescent à la cour de l’émir des Arabes Andalousiens, est clairement indiquée dans le passage suivant d’une chronique envers provençaux écrite vers 1220. C’est un éloge de Charlemagne. « Lequel, dit le chroniqueur, vainquit Aigolan, et enleva de la cour de Galafre, le courtois émir de la terre d’Espagne, Galiane, la fille du roi Bramant. » C’est là, en