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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/156

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L’abandon du provençal par les hautes classes de la société était déjà une énorme chance de destruction pour les ouvrages écrits en cette langue, pour les romans comme pour les autres. Mais ce n’était pas la seule, ni même la plus grande. Sous les auspices de la domination française, l’autorité pontificale prit un grand pouvoir dans le midi : elle y trouva beaucoup à faire, et y fit beaucoup, surtout au détriment de la littérature.

Indépendamment de ce qu’il y avait, dans la poésie des troubadours, de nombreuses satires contre les papes, et une tendance générale fort hostile à la cour de Rome, il existait, en provençal, une multitude de livres de croyance hétérodoxe, relatifs à l’hérésie albigeoise ou à d’autres. On avait traduit en cette langue des portions de la Bible, tout le nouveau testament, et plusieurs des évangiles apocryphes, entr’autres celui de l’enfance de Jésus-Christ. — Tout cela, au jugement des papes, était pire encore que des satires. Ils essayèrent donc de se débarrasser de tous ces livres qui leur déplaisaient, et entreprirent contre la littérature déjà morte ou mourante à laquelle ils appartenaient, une sorte de guerre systématique, dont l’histoire de ces temps, si incomplète qu’elle soit, a gardé quelques vestiges.

On peut compter parmi les actes de cette guerre l’institution d’une université à Toulouse, vers le milieu du XIIIe siècle. Dans la bulle de cette institution, le pape Honorius IV recommande emphatiquement aux étudians l’étude du latin, et l’abandon de l’idiome vulgaire, de cet idiome proscrit, dont la liberté, la satire et l’hérésie avaient fait leur organe. — A l’instigation des papes, diverses mesures furent prises par les autorités civiles, pour la destruction de tous les livres hérétiques en langue vulgaire, et parmi ces livres, on comprenait les traductions de la Bible et des Evangiles, et tout ce qui pouvait porter quelque atteinte à la considération de la cour romaine. On ne saurait évaluer ce qui se perdit de monumens de l’ancienne littérature provençale, par suite de cette persécution inquisitoriale ; mais on ne peut douter qu’il n’en périt un grand nombre. — Le temps, l’incurie, le vandalisme des guerres de religion au XVIe siècle, ont comblé ces pertes ; et peut-être est-il plus étonnant d’avoir