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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/153

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dans les pays de langue provençale, comme journellement récités ou lus dans les villes et les châteaux. J’ai pourtant tiré de celles de ces allusions que j’ai recueillies une liste fort nombreuse de compositions romanesques de divers genres, et les résultats de cette liste étant d’un véritable intérêt dans la question actuelle, je ne crains pas de m’y arrêter un instant.

Je dois d’abord prévenir que je ne comprendrai point, pour le moment, dans cette liste, les romans carlovingiens et de la Table ronde : je persiste à en supposer l’origine encore ignorée et en litige. Je n’y admettrai que des romans sur l’origine provençale desquels il ne peut y avoir de contestation raisonnable, puisqu’il n’en est question que dans des monumens provençaux, et chez des populations de cette langue. — Or, ainsi réduite, la liste que j’ai dressée des productions romanesques connues et citées par les troubadours est encore de plus de cent.

Il faut dire d’abord que, de ces cent romans, il y en a beaucoup qui ne sont désignés que de la manière la plus vague, par les simples noms des héros, ou de quelqu’un des personnages qui y figurent, personnages fantastiques, inconnus, dont le nom ne dit rien. Je ne m’arrête point à des indices si fugitifs ; il n’y a aucun parti à en tirer.

Mais, à côté de ces allusions insignifiantes comme trop sommaires, s’en trouvent d’autres intéressantes pour l’histoire de l’épopée provençale, et même, comme nous le verrons un peu plus tard, de l’épopée du moyen âge. Ces allusions désignent, en effet, les poèmes auxquels elles s’appliquent par des particularités caractéristiques, qui les distinguent nettement les uns des autres, qui en indiquent parfois l’idée principale, la situation dominante, celle autour de laquelle se grouppent toutes les autres. Le même roman revient plus ou moins fréquemment dans ces allusions, ce qui fournit un indice de son plus ou moins de célébrité. Enfin, les pièces lyriques dans lesquelles se rencontrent les allusions dont il s’agit, appartenant, pour la plupart, à des troubadours dont l’époque est plus ou moins connue, on a les dates approximatives de ces allusions, et par là des dates auxquelles on peut être sûr qu’existaient déjà les romans désignés.