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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/151

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moins une fois et très-probablement plus d’une fois, par des romanciers inconnus voisins de l’événement.

Un de ces chants, sans doute un des plus anciens, est implicitement désigné par un poète subséquent, et sous le titre de chronique d’Antioche, comme l’un des modèles des romans épiques en tirades monorimes. — C’était de cette chronique, ou de quelqu’autre composition du même genre, que l’on avait tiré l’aventure fausse ou vraie, mais célèbre au moyen âge, de Golfier de Tours et de son lion. Ce Golfier, à peine connu des historiens, est fameux chez les romanciers provençaux. Il rencontra, dit-on, un jour un lion aux prises avec un énorme serpent enlacé autour de lui, et qui était sur le point de l’étouffer. Il tua le serpent, et le lion reconnaissant ne voulut plus le quitter, et lui tint plusieurs années fidèle compagnie. A la fin, Golfier s’étant embarqué dans un vaisseau où l’on ne voulut pas recevoir son lion, le pauvre animal se jeta à la nage dans la mer, pour suivre son libérateur et se noya. Les romanciers attribuent à ce même Golfier d’autres aventures et des exploits dont il n’est pas question dans l’histoire ; ils en font un des héros de la conquête d’Antioche : particularités qui semblent constater suffisamment le caractère plus ou moins romanesque des chants épiques où il s’agissait de lui, et du siège d’Antioche.

Ces récits, ces chants provençaux, relatifs à la première croisade, n’étaient pas une nouveauté dans la littérature provençale du XIIe siècle. Ils n’y étaient que la continuation naturelle de ces autres chants, de ces autres récits plus anciens, destinés à rappeler aux populations méridionales de la France, leurs guerres, leurs démêlés avec les Sarrasins d’Espagne.

Le mouvement de la première croisade une fois ralenti, ces guerres et ces démêlés redevinrent, dans le midi, le principal mobile des vertus et de la bravoure chevaleresques. Les seigneurs du midi continuèrent à intervenir, comme ils y étaient accoutumés depuis long-temps, dans les expéditions des princes chrétiens de la Péninsule contre les Arabes ou les Maures ; et ces expéditions restèrent un des thèmes favoris de la poésie narrative, des chants épiques des Provençaux.