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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/123

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Prendrons-nous néanmoins ces préfaces au mot ? Et quand même il serait bien prouvé que l’écrivain pense véritablement de ses livres tout le mal qu’il en dit, faudrait-il donc par courtoisie se ranger de son avis, et ne le point contredire ?

A Dieu ne plaise ! Nous n’acceptons pas ainsi sans examen les opinions de M. Charles Nodier, surtout quand il parle de lui-même. Ne nous laissons donc pas influencer par ses préventions, et voyons si quelque réparation n’est point due par nous à ces ouvrages que traite si cavalièrement leur auteur.

Voici d’abord le Peintre de Saltzbourg. M. Charles Nodier avait vingt ans quand il fit ce livre : aussi c’est bien vraiment un livre de jeune homme, un livre quelque peu déclamatoire, mais plein d’ardeur et de poésie. Évidemment inspiré par le Werther de Goethe, au moins venait-il l’un des premiers chez nous après l’ouvrage allemand. Si depuis la cohue des imitations a suivi ; si l’on nous a donné Werther contrefait et travesti de mille façons ; si récemment encore on nous en a produit un soi-disant original et neuf, parce qu’il était plus horrible et plus défiguré que les autres, qu’importe ? Le Peintre de Saltzbourg a paru sous l’empire, à l’époque où florissaient Pigault-Lebrun, Ducray-Duminil et madame de Genlis. C’est un titre brillant pour lui que sa date. Et puis, si Charles Munster avait quelques-uns des traits de l’amant de Charlotte, sa physionomie était cependant loin d’être la même. C’est que les souffrances de ces malheureux ne sont pas non plus pareilles : ce sont deux nuances bien diverses d’une semblable douleur. Les tourmens qui déchirent Werther sont plus intimes peut-être, plus profondément creusés, plus inexorables. Il semble qu’il y ait pour le Peintre de Saltzbourg quelque douceur, au milieu de ses angoisses, dans l’exaltation poétique de son ame et dans ses pleurs d’artiste.

Adèle, roman de la même famille, a moins de poésie peut-être, mais on y trouve plus de détails naïfs, plus de tristesse vraie. Doit-on blâmer les sorties philosophiques que s’y permet l’auteur contre l’infaillibilité des vertus nobiliaires ? Vraiment non. Il commet trop rarement de ces péchés-là. Et puis, si ces sortes d’attaques ne sont aujourd’hui ni convenables ni généreuses, sous la restauration, quand parut la première édition du livre, on les tenait pour mal séantes et téméraires. Ces illustres préjugés auraient, au contraire, à présent grand besoin d’être secourus. M. Charles Nodier ne leur ferait pas faute à l’occasion ; il sait mieux que nous qu’en ces temps, où tout change si rapidement, il faut changer aussi bien souvent de courage.

Thérèse Aubert est, parmi les ouvrages de l’auteur, l’un de ceux qu’il