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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/121

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partition est due à M. Cherubini, et sera probablement le dernier ouvrage de ce compositeur.

Hâtez-vous donc, mesdames du faubourg Saint-Germain et de la Chaussée-d’Antin. Si vous n’avez pas encore arrêté vos loges à l’Opéra, hâtez-vous, vous n’avez pas à perdre un moment ; car chacun sait, voyez-vous, qu’il n’en sera pas du programme de M. Véron comme de celui de l’Hôtel-de-Ville.

Pour l’Opéra-Italien, vous devez être assurément pourvues dès à présent, sinon c’est votre faute. M. Robert vous a bien prévenues que l’ouverture de son théâtre aurait lieu le 2 octobre ; et puis il vous a déclaré qu’il vous donnerait, entre autres nouveautés, la Straniera de Bellini, et une Francesca di Rimini, composée exprès à votre intention. Il a fait aussi pour vous de nouvelles et bien précieuses acquisitions. Vous aurez les deux demoiselles Grisi, madame Boccabadati et madame Ekerlin, toutes admirables personnes, dont les voix et la beauté sont, à ce que l’on assure, également merveilleuses. Vous aurez encore Tamburini, le Rubini des basses, et vous garderez Rubini lui-même, votre cher Rubini, cet incontestable roi des ténors.

Donc, mesdames, si vous n’avez point profité de l’avis qui vous était adressé ; si vous ne vous êtes point assuré pour cet hiver l’accès de la salle Favart, en vérité, je vous plains de tout mon cœur ; mais, je vous le répète, c’est votre faute.

Quant à l’Opéra-Comique, si éminemment national dans la rue Saint-Martin et la rue Saint-Denis ; l’Opéra-Comique, ce vieil enfant à l’agonie, qui ne veut pas mourir et qui ne peut vivre, je ne vous en dirai vraiment point de mal : ce serait trop cruel à moi d’empoisonner ainsi ses derniers momens ; le pauvre malade sent bien, d’ailleurs, lui-même sa position. Pour s’étourdir, il a beau chanter encore ses refrains d’autrefois ; il ne se peut plus dissimuler que son état est désespéré, et que tous les médecins l’ont abandonné.

On raconte que récemment encore, lorsque ce triste Opéra-Comique, ayant été contraint de fuir son désert de la rue Ventadour, faisait restaurer pour son usage la salle des Nouveautés, plusieurs des anciens sociétaires censuraient ces réparations, et que tous étaient d’avis que la salle était trop petite ; mais le bon Opéra-Comique s’écria douloureusement : « Plût à Dieu que telle qu’elle est, elle pût être pleine de vrais amateurs ! »

Pour la morale de cet apologue, nous renvoyons à la fable de La Fontaine.


La Revue