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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/117

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Mais écoutons encore M. Barthélémy :

Si donc modifiant mes croyances passées,
Je caresse aujourd’hui de nouvelles pensées,
Ne dites pas que l’or, objet, de mon mépris,
De ma route quittée a su payer le prix ;
Chez moi l’honneur est sauf et cela seul m’assiste ;
Je n’ai jamais brigué le nom de publiciste,
Je ne suis qu’un poète, et ma changeante voix
Emprunte ses accords aux choses que je vois.
D’où vient donc cet effet d’une clameur immense !
Quelle est de tous ces bruits la première semence ?
D’où sort cette vapeur dont mon œil est noirci ?
Qui m’a fait si coupable à leurs yeux ? Le voici.
Paris saignait encor d’une scène tragique,
Quand un écrit parut, qui, nerveux de logique,
Qui, bravant ceux à qui son courage déplut,
Osa justifier une œuvre de salut.

Quel était donc cet écrit nerveux de logique ? La Justification de l’état de siège ? Une seconde note de M. Barthélémy a la complaisance de nous l’apprendre. « J’écrivis, dit-il, la justification de l’état de siège en deux heures, le jour que la Cour de cassation donna tant de joie aux Vendéens et à tous les hommes du drapeau blanc. J’ose dire que cette brochure, où la conviction indépendante éclate à chaque ligne, a ébranlé bien d’autres convictions ; son succès a été immense. »

M. Barthélémy ose dire cela !

Aviez-vous d’ailleurs, par hasard, ouï parler de ce succès immense, voire même de la brochure ? Non pas moi, je vous assure.

C’est que nous ne savions pas vraiment tout ce que nous devons de reconnaissance à M. Barthélémy ; nous ignorions encore, par exemple, que tandis qu’on se battait au cloître Saint-Merry, quand Paris entier allait périr, le poète s’est écrié :

. . . . . . . Qu’on sauve cette ville !
À tout prix qu’on l’arrache à la guerre civile !
Qu’on donne le repos à mes concitoyens !

Ainsi M. Barthélémy cria le 6 juin : « Qu’on sauve cette ville ! » et la ville fut sauvée ; mais s’il n’eût pas crié cela, que serions-nous devenus, dites ? ne frémissez-vous pas, rien qu’en y songeant ?