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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/116

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Poursuivons. M. Bitrthélemy rappelle les grands travaux de sa vie, cette époque aventureuse

. . . . . . . . . . où sa féconde rime
Fatiguait chaque mois le prote qui l’imprime.

Avez-vous oublié, s’écrie-t-il,

. . . . . Que d’une main ferme en stigmates marquans
J’imprimai le remords sur le Judas des camps.

C’était fort bien fait à vous, monsieur le Juvénal ; au moins, grâce à vous, ce Judas-là avait-il des remords : c’était quelque chose.

Après avoir énuméré tous ses chefs-d’œuvre, depuis la Villéliade jusqu’à la Némésis et les douze Journées de la Révolution, lesquelles, dit au bas de la page une note officieuse, se trouvent chez Perrotin, l’éditeur, rue des Filles-Saint-Thomas, M. Barthélémy déclare modestement qu’il prendra pour jurés

Ceux à qui furent chers ces efforts sans rivaux.

En suite de cet exorde arrive l’argumentation. Laissons encore parler M. Barthélémy :

Comme un coup de tam-tam un bruit inattendu,
En signalant mon nom, a dit : il est vendu !

« Fade calomnie ! » s’écrie-t-il. Fade calomnie, en effet : qu’un homme se vende en ce siècle où tout craque de corruption, est-ce donc là chose bien neuve et bien piquante ? Fade calomnie ! Le moyen d’ailleurs de croire que Juvénal se soit vendu ! Sachez, vous dit-il,

Sachez que mes vers seuls, satire, ode ou poème,
Me font les revenus du ministre lui-même.

Sachez que jamais

« Cléon, Damis, Valère, Ergaste son ami,
N’ont conspué l’argent plus que Barthélémy. »

Je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer ces messieurs Cléon, Damis, Ergaste et Valère, si ce n’est à la comédie, où, comme chacun sait, on n’est point chiche de bourses pleines. Quoi qu’il en soit, il paraît que M. Barthélémy n’est ni moins riche ni moins généreux que nos amans de théâtre, et qu’il est en mesure de subventionner les ministres, bien plutôt que de l’être par eux.