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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/100

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salons, très-joliment meublés, dans l’un desquels se trouve un buffet très-joli, couvert de très-jolis cristaux ; elle a de plus une très-jolie voiture avec un très-beau nègre libre pour cocher ; elle est toujours très-joliment mise, et par-dessus tout cela elle est elle-même très-jolie.

» Elle se lève, et la première heure de sa journée est consacrée à sa toilette, qu’elle fait avec un soin minutieux ; elle descend au parloir, tirée à quatre épingles, raide et silencieuse ; son valet de pied qui est aussi un nègre libre, place devant elle son déjeuner ; elle mange sa tranche de jambon et son poisson salé, et boit son café dans le plus profond silence, tandis que son mari lit un journal, le coude appuyé sur un autre ; après quoi pour l’ordinaire elle passe à l’eau les tasses et les soucoupes. Sa voiture est commandée pour onze heures ; il y a loin d’ici là ; elle se rend donc dans une petite pièce où elle fait de la pâtisserie, après avoir placé sa robe de soie couleur de souris sous la protection d’un tablier blanc. Vingt minutes avant l’arrivée de sa voiture, elle se retire dans sa chambre, comme on l’appelle, secoue et plie son tablier blanc, met la dernière main à sa riche toilette, et couronne l’œuvre en plaçant avec précaution sur sa tête son élégant bonnet et tous les accessoires qui en dépendent. Elle descend l’escalier et en atteint la dernière marche au moment précis où le nègre libre qui est cocher, annonce au nègre-libre qui est valet de pied, que la voiture attend. Elle monte en donnant pour mot d’ordre « à la Société Dorcas. » Son valet de pied reste à la maison pour nétoyer les couteaux ; mais son cocher est assez sûr des chevaux pour les abandonner à leur sagesse pendant qu’il ouvre la portière ; et sa maîtresse qui n’est point accoutumée à rencontrer la main d’un homme en pareille occasion, peut très-bien, quoique l’une des siennes soit chargée d’un panier à ouvrage, et l’autre d’un énorme paquet de ces indéfinissables bagatelles que les dames ont coutume d’offrir en tribut aux sociétés de bienfaisance, sortir de voiture sans aucun secours étranger. Elle entre dans le parloir préparé pour la réunion ; elle trouve sept autres dames absolument semblables à elle, et prend sa place autour de la table ; elle présente son offrande, qui est reçue avec un sourire aimable par le divan circulaire ; et ses coupons de draps, ses bouts de ruban, son papier doré, et ses cents d’épingles, vont se réunir aux coupons de draps, aux bouts de ruban, au papier doré et aux cents d’épingles qui couvrent déjà la table. Elle tire ensuite de son panier à ouvrage trois pelotes faites de sa main, quatre essuie-plumes, sept alumettes en papier de couleur et une boîte de montre en carton, qui sont accueillis avec acclamations, et que la plus jeune dame de la société va déposer avec soin sur des rayons, parmi une quantité prodigieuse