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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/720

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créateur du roman historique en France ? Avouez en conscience que votre critique est de mauvais goût et de mauvaise compagnie.

Voici maintenant un livre de moindre portée, mais qui se recommande par un mérite tout différent de celui du Stello de M. Alfred de Vigny. C’est Mademoiselle de Liron, nouvelle par M. Delecluze [1]. Rien n’est plus simple, et cependant rien n’est plus attachant que cette histoire. C’est un dessin d’une perfection et d’une pureté remarquables. M. Delecluze y a su tracer avec un art infini cette figure douce et calme de mademoiselle de Liron si sage et si prudente, et en même temps si tendre et si dévouée. D’ailleurs, cette nouvelle est écrite d’un bout à l’autre avec un grand charme de style et un naturel exquis. À la fin de ce petit roman, il est dit qu’Ernest, son hèros, fut raisonnablement heureux, chose bien rare. On peut dire aussi du livre de M. Delecluze, qu’il est raisonnablement beau, ce qui, de notre temps, n’est certes pas moins rare.

Nous avons été, cette semaine, en veine de bonheur. On a bien voulu nous admettre au nombre des privilégiés. Il nous a été permis de lire une autre nouvelle que distinguent des qualités non moins précieuses que celles de Mademoiselle de Liron. Cette nouvelle, imprimée avec luxe et tirée à un très petit nombre d’exemplaires, ne se vend point, non pas parce que les acheteurs ne lui viennent point, mais parce qu’elle ne veut point se vendre, parce que timide et modeste, elle désire rester, sinon inconnue, du moins mystérieuse et voilée. On y reconnaît bien la touche délicate et légère d’une main de femme, de cette même main qui avait esquissé dèjà avec tant de finesse et de grâce les douze premières années de ma vie. Mais s’il nous est défendu de révéler le nom de son auteur, nous pouvons dire au moins que Sœur Inès est le titre de ce nouveau petit chef-d’œuvre. Sœur lnès est de la famille de Paul et Virginie, c’est un livre du cœur. Le récit touchant qui en fait le fond, et dont la scène se passe à la Havane, souffrirait aussi peu l’analyse que celui de Bernardin de Saint-Pierre. Il finit pouvoir montrer ces sortes

  1. Chez Gosselin