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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/678

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Son image pour vous est un rêve imparfait ;
Mais nos foyers éteints, mais nos tables désertes,
Nos demeures, aux vents ouvertes,
Sont les moindres maux qu’elle fait !

La pauvreté ! — Tout meurt sous sa serre cruelle !
Cet esprit lumineux, dont la vive étincelle
Pétillait à vos yeux comme l’âtre en hiver,
S’obscurcit tout-à-coup, et vous laisse dans l’ombre :
Savez-vous quel nuage sombre
Amortit ce lucide éclair ?...

La pauvreté. — Ce cœur, dont l’altière noblesse
Resplendit si long-temps, sans tache et sans faiblesse,
Dément-il aujourd’hui ce qu’il était hier,
Cherchez bien le secret d’une chute si prompte,
Et quel joug de plomb, ou de honte,
A courbé cet honneur si fier :

La pauvreté. — Ce mot, qui de vous sait l’entendre ?
Manquer à tous les biens qu’on avait droit d’attendre,
Vivre jeune sans joie, aimante sans époux,
Tandis que jour et nuit l’âpre travail dévore
Un éclat que long-temps encore
Eût épargné le temps jaloux ;

Porter incessamment tout le faix de la vie ;
A ses nécessités sans relâche asservie,
Passer de l’une à l’autre, y pourvoir tour-à-tour,
Comme le passereau, grain à grain, goutte à goutte ;
N’avoir pas d’heure qui ne coûte,
De jour qu’on n’ait payé d’un jour ;

Obéir, sans jamais disposer de soi-même.
Au sourd bourdonnement de cette voix suprême,