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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/670

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me retournai, et les reportai sur l’intérieur du salon. Il me parut bien sombre d’abord. Peu-à-peu néanmoins, tous les objets s’y dégagèrent de l’obscurité, et réapparurent à mon regard enveloppés d’une clarté bleuâtre et veloutée. Puis je revis la comtesse toujours à la même place, appuyée, les bras croisés, sur l’un des oreillers de son canapé ; — si blanche au milieu de ce fond bleu, l’on eût dit une de ces vierges que Murillo suspend dans le ciel de ses merveilleuses peintures. Ses grand yeux noirs étaient levés vers le plafond, humides et étincelans.

Mes idées se troublaient. Je ne savais plus si je sortais d’un rêve ou si j’en commençais un. Je revins néanmoins précipitamment m’asseoir dans le fauteuil vis-à-vis de la comtesse. Là je retrouvai trop vite et trop bien toute l’amertume de mes pensées, — toute la réalité.

La lune éclairait alors complètement le salon. Je n’osais plus regarder la comtesse. Cette situation, ce silence, devenaient insupportables. Je n’y pus tenir davantage.

— Eh bien ! m’écriai-je, je pars, Mercedès.

— C’est décidé ?

— C’est décidé.

— Et quand partez-vous ?

— Demain matin.

— Demain matin !

— Demain matin pour Cadix et de là pour le Mexique.

Tout était dit. Enfin je respirais ; la comtesse sans répondre avait baissé la tête. Elle resta quelques instans ainsi, puis elle se leva soudain, traversa rapidement le salon et entra dans sa chambre à coucher, dont la porte était ouverte. Elle y demeura peut-être une minute. J’entendis qu’elle ouvrait un tiroir de sa commode. Elle revint s’asseoir sur le canapé. Elle tenait à la main un des mouchoirs de batiste brodée que je lui avais donnés au mois de janvier. Je le reconnus bien.