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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/640

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combien ils devaient soupirer du fond de leur cœur pour leurs princesses du Harz et le doux murmure des bois du Brocken ; combien souvent ils devaient y songer dans les contrées étrangères, même dans le pays des oranges et des poisons, dans la belle Italie où les attira si souvent l’envie de se faire nommer empereurs romains, véritable manie de titres allemande qui perdit plus d’une fois et l’empereur et l’empire !

Je conseille toutefois à ceux qui se trouvent sur la pointe de l’Ilsenstein, de ne penser ni à l’empereur, ni à l’empire, ni à la belle Use, mais bien à leurs pieds. Car, comme j’étais là, perdu dans mes pensées, je vis tout-à-coup les montagnes se renverser sur leurs bases ; les toits de briques rouges d’Ilsenbourg se mirent à danser, les arbres verts se confondirent avec le bleu du ciel, et je serais certainement tombé dans le précipice, saisi comme je l’étais par un vertige, si dans mon anxiété, je ne m’étais retenu à la grande croix de fer, qui me sauva.

Il n’est pas toujours bon, ni pour lui, ni pour ses lecteurs, qu’un voyageur soit poète.


A. LOÈVE-VEIMARS.