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fut avec une vive satisfaction que j’aperçus enfin la maison du Brocken que j’attendais depuis long-temps.

Cette maison, qui est connue par un grand nombre de descriptions et de dessins, consiste en un seul rez-de-chaussée situé à la cime de la montagne, et fut bâtie en 1800, par le comte de Stollberg-Wernigerode, pour le compte duquel elle est tenue en auberge. Les murailles sont excessivement épaisses à cause du vent et de la rigueur du froid en hiver ; le toit est très bas, il il est surmonté par un petit pavillon en forme de tour, et doux petits bâtimens contigus à la maison servent à loger les voyageurs lorsqu’ils sont en trop grand nombre.

L’entrée de la maison du Brocken me causa une impression singulière. Après une longue marche solitaire et d’immenses circuits à travers les pins et les rochers, on est tout-à-coup transporté dans une maison au milieu des nuages ; les villes, les montagnes et les bois restent au-dessous de vous ; on se croit arrivé aux solitudes du ciel, et tout-à-coup l’on se voit au milieu d’une société nombreuse qui vous reçoit comme un hôte à-peu-près attendu, et qui vous examine avec une curiosité mêlée d’indifférence. Je trouvai l’auberge pleine de voyageurs, et en homme prudent, je m’occupai de la nuit. L’aubergiste me procura une petite chambre dans laquelle s’était déjà établi un jeune négociant.

Dans la salle commune, il y avait beaucoup de vie et de mouvement ; il s’y trouvait un grand nombre d’étudians de l’université : les uns, arrivés récemment, étaient occupés à se restaurer ; les autres se préparaient au départ, laçaient leurs guêtres, écrivaient leurs noms sur le livre blanc, et recevaient des bouquets cueillis sur le Brocken de la main des filles d’auberge. Alors on pince les joues, on chante, on saute, on embrasse, on interroge, on répond : du beau temps ! une belle route ! de bons profits ! adieu ! — et tout est fini. Quelques-uns des partans sont un peu gris ; et ceux-là ont le plus de jouissances, car les ivrognes voient tout double.

Après m’être un peu récréé à tout ce spectacle, je montai à la petite tour, et j’y trouvai un petit monsieur avec deux dames