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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/613

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avec une vigueur peu commune. Le sentimentalisme des étudians allemands n’a pas été plus épargné que l’érudition des professeurs, que la prétendue réforme du théâtre, que toutes ces vertus inutiles, que cette aptitude oiseuse, dont les Allemands se servent pour apprécier des dactyles et des spondées, et pour juger du tabac et de la bierre.

Ce qu’il y a de certain, c’est que l’école encyclopédique, avec son esprit de désespoir et de démolition, commence seulement aujourd’hui en Allemagne : passera-t-elle de la spéculation dans la réalité ?




La ville de Gœttingue, célèbre par ses saucissons et par ses universités, appartient au roi de Hanovre et contient neuf cent quatre-vingt-dix-neuf feux, diverses églises, un hospice de la maternité, un observatoire, une prison, une bibliothèque et une cave de taverne où la bierre est très bonne ; Le ruisseau qui passe près de la ville se nomme la Line, et sert de bain pendant l’été. L’eau en est très froide et si large en certains endroits, qu’il faut prendre tout son élan pour la franchir. La ville est belle et doit être fort ancienne ; Car je me souviens que lorsque j’y fus admis au doctorat, elle avait le même et vieil aspect, et elle était tout aussi pourvue qu’elle l’est aujourd’hui, de dissertations, de thèses, de thés dansans, de compendiums, d’étudians, de blanchisseuses, de chevaliers de l’ordre des Guelfes, de carrosses de gala, de conseillers de justice, de conseillers auliques, de conseillers de légation, de professeurs et d’autres fesseurs de toute espèce. Quelques savans prétendent même que la ville fut bâtie à l’époque de la grande migration des peuples, et que chaque race germaine y déposa un exemplaire de ses membres ; de là tous les Vandales, les Goths et les Teutons qu’on voit encore rôder par hordes dans Gœttingue. Races distinctes par la couleur de leurs bonnets et la forme de leurs pipes, qui se répandent sur toutes les places publiques, se querellent dans toutes les rues,