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vue les faits et les hommes. C’est le recueil de ces articles composant une brochure assez volumineuse, que nous annonçons. Nous eussions désiré peut-être que l’auteur s’y montrât parfois moins sobre des détails personnels et des particularités épisodiques dont sa mémoire abonde, et que ceux qui l’ont entendu trouvent avec un charme infini dans sa conversation ; mais son but dansée récit a été plus grave, plus circonscrit aux points essentiels et aux questions qui peuvent concerner l’histoire. Aucun témoignage, en effet, ne nous semble mériter plus de poids que celui de M. d’Ault, et par la situation intime de laquelle il a vu, et par l’esprit éclairé autant qu’attentif qu’il y a porté, et enfin par la véracité de sa parole. Il n’était pas de ceux qui n’aimaient dans la conquête d’Afrique qu’une distraction périlleuse et brillante, une occasion d’avancement, ou la satisfaction détournée d’une idée politique à l’intérieur. Il a vu, dès l’abord, dans l’entreprise, une conquête de la civilisation chrétienne sur la barbarie. La colonisation lui apparaissait au-delà de la guerre, et tout en lui élargissait cette pensée. Rallié de cœur aux principes de cette philosophie catholique, dont MM. de la Mennais et Serbet sont les principaux organes, M. d’Ault ne conçoit Alger tout-à-fait bien colonisé que lorsqu’il sera aussi un peu évangélisé. Ses idées là-dessus qui ajoutent un élément de plus, l’élément d’esprit et dévie, aux plans d’ailleurs si judicieux du maréchal Clauzel, méritent d’être méditées. C’est un rapprochement sur lequel nous ne pouvons nous empêcher de revenir à l’honneur du sérieux de notre temps, que celui de deux jeunes hommes, tels que MM. d’Ault et Barchou, sachant faire, tout au sortir des états majors, un emploi aussi élevé de leurs loisirs. M. Barchou, puisque nous l’avons nommé, nous prépare en ce moment une série d’articles sur les svstèmes métaphysiques de l’Allemagne, dont ceux qu’il a publiés déjà sur M. Ballanche et sur Fichte font suffisamment augurer. M. d’Ault, attaché aux travaux de l’Avenir jusqu’à sa cessation, et depuis aux éludes intérieures que poursuit cette école de philosophie religieuse, professait cet hiver, parallèlement à MM. Gerbet et de Coux, un cours où il s’occupait de la littérature espagnole, considérée comme littérature catholique.


S.-B.


VOYAGES HISTORIQUES ET LITTERAIRES EN ITALIE, par M. VALERY [1]. — Après les moustiques, le sirocco, l’air des Marais-Pontins, les douanes autrichiennes et les brigands des Abruzzes, si beaux sous le pinceau de notre Schnetz, ce qu’il y a de plus fâcheux, de plus importun, de plus insupportable pour qui voyage en Italie, c’est le bavardage descriptif des faiseurs de livrets et cette nuée de bourdonnantes sauterelles que l’on appelle cicérone. Si l’un de mes amis se disposait à partir pour Milan, Florence ou Naples, je ne lui adresserais que ce conseil : Si vous voulez bien voir l’Italie et rapporter de cette belle contrée, de ses mœurs, de ses ruines, de ses chefs-d’œuvre, une impression vraie, naïve, qui vous appartienne, gardez-vous, autant que possible,

  1. Chez Le Normant.