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de l’observation, de l’induction et de l’analogie, c’est-à-dire des mêmes instrumens qui, dans la philosophie naturelle, ont conduit l’esprit humain à ses plus belles découvertes ; c’est, en un mot, la méthode de Galilée et de Newton, modifiée par la nature très différente des faits sur lesquels on opère. Cette méthode est réservée, mais elle n’est pas timide ; elle ne rejette point les idées générales ; au contraire, son résultat certain est de les faire naître. En effet, du moment où l’on vient à coordonner des faits nombreux et soigneusement observés, on découvre aisément ce qu’ils ont de commun, et l’on arrive ainsi à établir certaines règles à l’aide desquelles ou peut ensuite se guider dans l’investigation des cas particuliers où l’observation immédiate n’est pas applicable. Mais pour ces prétendues généralités qui ne reposent que sur des conceptions à priori ou qui ne soûl que l’extension forcée d’une loi toute particulière, quelque séduisantes qu’elles puissent paraître, quelque jour qu’elles semblent jeter sur certaines questions restées long-temps obscures, la critique historique les repousse comme des guides infidèles.

C’est principalement à l’histoire des peuples de l’antiquité que le professeur se propose de faire l’application de la méthode critique ; mais l’histoire, pour lui, ne se compose pas seulement du récit des actions politiques des nations, elle comprend encore toutes les notions que nous pouvons acquérir sur leur état moral et intellectuel, et sur la part qu’elles ont prise aux progrès de la civilisation.

Entre tous les peuples de l’ancien monde qui sont arrivés successivement à la connaissance des Grecs et des Romains, les Juifs seuls ont eu des annales qui nous aient été conservées. L’Inde elle-même n’a point d’histoire, puisqu’on ne saurait donner ce nom au petit nombre d’inductions historiques auxquelles ou parvient avec tant de peine à travers le chaos mythologique qui a tout enveloppé ; en sorte que les récits divers que les Grecs en ont faits avant et depuis Alexandre resteraient absolument sans autre contrôle, si des connaissances récemment acquises sur la nature du pays et le caractère de la race qui l’habite, ne nous permettaient, en certains cas, d’en apprécier la valeur et le degré d’exactitude. Pour ce qui est des autres contrées de l’Asie occidentale ou septentrionale, les nations scytiques, celles de l’Asie mineure, les peuples d’entre le Tigre et la Méditerranée, le golfe Persique et la Mer-Rouge, les Perses, les Mèdes et les Assyriens n’ont plus d’histoire ancienne connue, ou le peu qu’on en sait ne nous a été transmis que par les Grecs. La même chose se doit dire de l’Afrique ; ce vaste continent n’est entré dans le domaine de l’histoire que par ses côtes septentrionales et l’Egypte: or, les unes, peuplées de colonies phéniciennes greques et romaines, ne nous sont connues que par les écrivains classiques ; l’Egypte elle-même, avant qu’une découverte heureuse eût mis sur la voie de l’interprétation de ses monumens, était tout entière dans les historiens occidentaux ; et maintenant que l’on commence à déchiffrer ses anciennes écritures, les récits d’Hérodote, de Diodore et de Strabon, les divers fragmens grecs qui peuvent servir à reconstituer son histoire perdue, restent encore comme éléments indispensables pour vérifier les principaux résultats des nouvelles études.