Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/589

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cet avertissement funeste, sentant néanmoins qu’elle marche toujours, a repris quelque courage, regarde et attend. Elle soupçonne que si elle est destinée à s’organiser en une vaste démocratie, la démocratie n’est pas la démagogie, et que la liberté moderne n’est pas destinée à dégénérer finalement en une sanguinaire déception. Ce progrès de l’opinion publique n’est pas, je le crois du moins, une bénévole illusion ; je le tiens pour une réalité. Pour ce qui est des événemens possibles et futurs, je n’augure rien de positif ; je ne sais rien, hormis ceci, c’est que paix ou guerre, orage ou calme plat, succès continus ou revers passagers, le définitif avantage doit rester à l’esprit nouveau. On ne sustente pas le monde et on ne continue pas l’histoire avec des vieilleries. Le génie moderne qui, depuis la perturbation du moyen âge, se cherche un ordre nouveau, une société, est- il donc destiné à toujours protester sans agir, s’insurger sans régner ? Non, j’ai foi en lui, et cette religion m’est précieuse, car si je la perdais, je resterais la proie d’un incurable athéisme.


LERMINIER.